Oubliez tout ce que vous croyez savoir sur les vins de Californie. Servez-vous un verre, installez-vous, et laissez Christopher Beros, Directeur Asie du California Wine Institute, vous emmener des vignobles rafraîchis par le brouillard de Napa et Sonoma jusqu’aux bars à vin en plein essor de l’Asie du Sud-Est. Enregistrée en direct de Vinexpo Hong Kong, cette conversation déborde de l’énergie d’une région qui ne tient pas en place.
Christopher quitte la finance pour le vin, bâtit une société d’importation en Chine continentale, puis passe une décennie à porter haut les couleurs de la Californie dans la Grande Chine et l’Asie du Sud-Est. En chemin, il déplie les 154 AVA qui font de la Californie l’État viticole le plus divers du monde, raconte le Jugement de Paris avec l’œil d’un initié, et explique pourquoi la philosophie californienne du « zéro règle » libère totalement les vignerons.
Puis on ouvre les bouteilles. Quatre Chardonnays, tous issus de Carneros, tous radicalement différents.
Tendez l’oreille pour une vraie leçon sur ce qui fait de la Californie bien plus que de gros blancs boisés, et sur les raisons pour lesquelles les amateurs les plus curieux d’Asie en tombent amoureux.
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Un résumé de l’entretien avec Christopher Beros
De la finance à l’importation de vins de Californie
Christopher Beros n’a pas grandi en rêvant de vin. Il débute dans la finance, en suivant les entreprises de l’agroalimentaire et des boissons, et pose le pied en Chine pour la première fois en 2006, pour travailler sur une transaction. Le pays le fascine et, plutôt que d’observer depuis un bureau, il monte une société d’importation de vins de Californie en Chine continentale, qu’il dirige jusqu’à sa revente en 2015.
C’est à ce moment que le California Wine Institute le sollicite pour représenter la région en Asie. Il avoue ne pas avoir été certain de vouloir le poste, puis se lance et ne le regrette jamais. Depuis 2015, il couvre la Grande Chine et l’Asie du Sud-Est, vivant à Shanghai jusqu’au COVID, et désormais installé près de San Francisco tout en faisant l’aller-retour chaque mois.
Comment la Chine a appris à boire le monde entier
Lorsque Christopher arrive, le marché chinois raconte une histoire très étroite. Entre 2007 et 2010, à peu près la seule chose qui se vendait, c’était du bordeaux rouge, une bouteille avec un château sur l’étiquette, et pas grand-chose d’autre. Pas de bourgogne, pas de vin blanc, pas de vin américain.
La suite l’enthousiasme sincèrement : le consommateur chinois est devenu bien plus averti et ouvert d’esprit. Comme les amateurs n’y avaient développé aucune fidélité farouche à une région, ils sont restés curieux, ravis d’essayer un Zinfandel californien, un Riesling allemand ou toutes sortes de blancs. Chaque région exportatrice du monde, de la Hongrie à la Géorgie en passant par la Slovaquie, a courtisé la Chine : le marché a donc été exposé à une diversité extraordinaire. Cette même ouverture redessine aujourd’hui les cartes des restaurants de Hong Kong, où l’on voit enfin des australiens, des américains et bien plus de variété qu’avant.
Le rôle exact du California Wine Institute
Fondé en 1934, juste après la fin de la Prohibition, l’Institut comporte deux moitiés distinctes. Le pôle domestique représente environ mille domaines sur les questions juridiques, de politique publique et commerciale aux États-Unis. Le pôle international, que Christopher dirige en Asie, est une organisation de pur marketing chargée de promouvoir les vins de Californie partout dans le monde, avec des homologues en Asie du Nord, au Canada, au Mexique, au Royaume-Uni et en Europe.
Un État aux 154 AVA
Demandez à Christopher de parler des régions de Californie et mieux vaut libérer votre agenda. L’État compte 154 AVA (American Viticultural Areas), chacune une région de production distincte. Les noms phares sont connus, mais les détails surprennent :
- Napa est la plus célèbre et ne représente pourtant que 4 % du vin californien, sur 48 km de long et 6 km de large, avec environ 600 domaines produisant des Cabernet Sauvignon de classe mondiale.
- Sonoma est plus vaste et plus diverse, de la West Sonoma Coast à Alexander Valley, Dry Creek, Carneros et Russian River.
- En descendant la côte, on atteint les Santa Cruz Mountains (berceau de Ridge), puis Monterey et les Santa Lucia Highlands pour des Pinot Noir spectaculaires, puis Paso Robles, de plus en plus terre de superbes vins de style rhodanien à des prix plus doux.
- Le comté de Santa Barbara recèle une curiosité géographique : une chaîne de montagnes orientée d’ouest en est plutôt que du nord au sud, laissant le brouillard du Pacifique s’engouffrer directement. Résultat, de magnifiques Chardonnay et Pinot Noir, surtout dans les Santa Rita Hills.
Le fil rouge qui relie le tout, c’est l’océan Pacifique. Cette eau froide envoie le brouillard chaque nuit, allonge la saison de croissance, mûrit les raisins lentement et bâtit une structure complexe. Ajoutez les montagnes et les altitudes, des chaînes Mayacamas et Vaca autour de Napa aux vignes situées à peine à trois kilomètres de l’océan, et l’on comprend pourquoi tant de cépages prospèrent sur des terroirs si variés.
Une histoire écrite par les missionnaires, la Prohibition et Robert Mondavi
L’histoire viticole californienne remonte aux missionnaires espagnols des années 1700, qui transportaient les « mission grapes » vers le nord en bâtissant les missions devenues San Francisco, San Jose et Santa Clara. L’industrie prospère jusqu’à la fin des années 1800, puis encaisse coup sur coup : la Première Guerre mondiale, près de quinze ans de Prohibition, et la Seconde Guerre mondiale.
Le renouveau moderne a un héros clair. En 1966, Robert Mondavi ouvre son domaine à Oakville, apportant une technique sophistiquée et, tout aussi important, jouant les ambassadeurs de toute la vallée. Sa philosophie était à la fois généreuse et intéressée : « Si Napa réussit, je réussirai. » Il présentait à l’étranger non seulement ses propres vins, mais aussi ceux de ses voisins.
Le Jugement de Paris, raconté de l’intérieur
Dix ans après Mondavi, le Jugement de Paris change tout. Christopher est précis sur ce qu’il a fait et n’a pas fait : ce ne devait jamais être une compétition. L’organisateur Steven Spurrier et son associée américaine Patricia Gallagher avaient prévu une dégustation amicale pour le bicentenaire des États-Unis en 1976, et c’est seulement au dernier moment que Spurrier décide de la faire à l’aveugle et d’y glisser de grandes références françaises jugées par l’aristocratie du vin français.
Le résultat devient médiatique presque par accident, une histoire que Christopher résume par le mot serendipity (qui, note-t-on en rigolant, n’a pas de véritable équivalent français). Enterré en page 56 du magazine Time, l’article est repris par les agences de presse et republié partout. Du jour au lendemain, le monde apprend que la Californie sait faire des vins de classe mondiale. Un Chardonnay de Château Montelena domine les blancs et un rouge de Stag’s Leap Wine Cellars domine les rouges, tous deux re-dégustés et confirmés pendant des décennies. L’onde de choc attire les investissements français en Californie, d’Opus One en 1979 à une vague de maisons de Champagne au début des années 1980.
Pas de règles, seulement des usages
Voici la différence qui surprend le plus les amateurs européens. Là où les appellations françaises et italiennes dictent cépages, assemblages, irrigation et élevage, la Californie n’a presque aucune de ces règles. Une étiquette ne doit être exacte que sur trois points : le cépage, le millésime et l’origine des raisins. La géographie est contrôlée strictement, dire “Napa Valley” et le raisin doit venir de Napa Valley, dire un vignoble unique comme To Kalon et il doit en provenir, mais tout le reste est ouvert.
Cette liberté est au cœur de l’identité californienne. Christopher articule la marque autour de quatre piliers : innovation, audace, inclusion et durabilité. Ce n’est pas un hasard, plaide-t-il, si Hollywood et la Silicon Valley partagent le même État. Le même appétit pour l’expérimentation irrigue les vins, et c’est précisément ce que tant de vignerons de passage disent vouloir rapporter chez eux : la liberté d’essayer, de tester, et de faire des vins que les gens ont vraiment envie de boire.
Quatre Chardonnays, tous de Carneros
Pour le prouver, Christopher sert quatre Chardonnays pour une dégustation à 10 heures du matin, tous issus de Carneros, la région fraîche et influencée par la baie, à cheval sur Napa et Sonoma. Même cépage, même grande zone, quatre personnalités distinctes :
- Château Montelena Chardonnay 2023 - un clin d’œil au millésime 1973 vainqueur à Paris. Lumineux, équilibré, à la belle acidité fraîche, jamais trop boisé.
- **Rombauer **Chardonnay 2024 - l’un des Chardonnays les plus adorés des États-Unis, plus ample et plus opulent, aux notes savoureuses d’herbes fraîches, de menthol et de lavande.
- Hyde de Villaine (HdV) De la Guerra Chardonnay 2023 - une collaboration liée à la famille bourguignonne de Villaine, qui se place élégamment entre les deux, au nez ravissant et à la texture soyeuse.
- The Prisoner Wine Company The Prisoner Chardonnay 2021 - le plus riche et le plus rond de la série, au boisé le plus généreux.
Quatre bouteilles, quatre moments pour les apprécier, et une parfaite illustration de la diversité californienne. La prochaine fois, promet Christopher, il adorerait faire découvrir des Chardonnay et des Pinot Noir de West Sonoma Coast, Russian River, Monterey et Santa Rita Hills, chacun encore différent.
Le marché asiatique, et la suite
Christopher est heureux quand ses domaines le sont, et à Vinexpo Hong Kong, avec 30 domaines californiens plus neuf de l’Oregon, ils l’étaient. Il qualifie cette édition de meilleure depuis le COVID et se réjouit qu’elle ait eu lieu à Hong Kong, ville qu’il considère comme l’hôte idéal d’un grand salon professionnel et une véritable porte d’entrée vers toute la région.
Pour l’avenir, il voit un vrai élan en Asie du Sud-Est. La Thaïlande a baissé ses taxes sur le vin l’an dernier, le Vietnam offre une population jeune, ambitieuse et en forte croissance, et l’Indonésie revient sans cesse dans les conversations. Des obstacles demeurent, mais il s’attend à ce que l’Asie du Sud-Est soit l’une des grandes histoires de croissance mondiale des cinq à dix prochaines années. Plus près de chez lui, l’Institut déploie des événements de dégustation Jugement de Paris, dont un à Hong Kong réunissant les vins d’origine en millésimes actuels aux côtés de surprises « Californie moderne » comme un Albariño de Napa.
Pour goûter cette diversité par vous-même, notre article sur une récente dégustation de vins de Californie à Hong Kong est un excellent point de départ, et notre dossier sur le terroir explique précisément pourquoi ce brouillard du Pacifique compte autant.
Les recommandations de Christopher Beros
Des livres :
- The Wines of California, d’Elaine Chukan Brown
- The Wine Bible, de Karen MacNeil
En apprendre plus sur les vins de Californie
Plus de détails sur le California Wine Month à Hong Kong & Macau
Les domaines dégustés :
La boutique
Portez le cépage qui a gagné à Paris
Quatre Chardonnays de Carneros, quatre personnalités, un cépage qui a mis la Californie sur la carte. Notre casquette Chardonnay est un clin d'œil discret au cépage vainqueur du Jugement de Paris, en coton lavé tout doux et dans une douzaine de couleurs vintage.
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