En tant que Français, c’est un anniversaire un peu triste, mais en tant qu’amoureux du vin, c’en est un beau : 2026 marque les 50 ans du Jugement de Paris. Pour celles et ceux qui ne connaissent pas encore l’événement, j’ai écrit un article complet sur le Jugement de Paris juste ici.

En quelques mots : en 1976, à l’hôtel InterContinental à Paris (juste à côté de l’Opéra), l’élite du vin français était réunie pour déguster le meilleur de Bordeaux et de Bourgogne. À la dernière minute, un marchand de vin propose d’ajouter quelques vins de Californie et de tout faire à l’aveugle. Les critiques français acceptent, certains que ce ne sera qu’une formalité. Ce n’en fut pas une. Les vins californiens ont mieux noté que les français, et la salle est restée sous le choc. Aujourd’hui l’histoire est amusante, mais surtout, c’était la première fois que des vins non français obtenaient une telle reconnaissance. Si vous voulez le récit complet, c’est juste ici.

Revenons à la célébration. Il y a quelques semaines, j’ai reçu une invitation du California Wine Institute pour fêter l’anniversaire autour d’un déjeuner et d’une dégustation à l’American Club de Hong Kong. Ma fierté française en a pris un coup, mais j’ai accepté, et je suis revenu ravi de l’avoir fait. Voici le débrief d’une très belle découverte des vins de Californie.

La table dressée pour la dégustation des 50 ans du Jugement de Paris à Hong Kong Le California Wine Institute célèbre le 50e anniversaire avec des dégustations dans toute l’Asie. Celle-ci avait lieu à l’American Club de Hong Kong, le 29 mai 2026.

J’avais déjà goûté un peu de Californie pendant ma formation WSET niveau 3, mais c’était parmi une centaine d’autres choses, et comme tout dans le WSET, le but est de saisir les caractéristiques typiques d’une région, pas de tomber amoureux de sa diversité. C’était donc ma première vraie découverte des vins de Californie.

À la découverte des blancs de Californie

Les blancs accompagnaient un homard poché au beurre, du caviar et une touche de feuille d’or. Une entrée en matière sérieuse.

Homard poché au beurre et caviar, accord avec le Chardonnay Grgich Hills Homard poché au beurre et caviar de Sibérie, l’accord du Chardonnay d’ouverture.

Grgich Hills, Chardonnay 2022. Un Chardonnay classique, superbement fait, et l’accord parfait avec le homard. Il y a une vraie poésie à ouvrir avec celui-ci : Grgich Hills a été fondé par Miljenko « Mike » Grgich, le vigneron qui a justement élaboré le Chateau Montelena 1973, vainqueur des blancs en 1976. La bouteille que nous avons bue est même étiquetée « Paris Tasting Commemorative », avec son visage dessus.

La bouteille de Grgich Hills Paris Tasting Commemorative Chardonnay 2022 Grgich Hills Estate Chardonnay 2022, la cuvée « Paris Tasting Commemorative » avec Mike Grgich sur l’étiquette.

Veedercrest, Chardonnay 2022. Vif, floral, même légèrement herbacé. L’un de mes blancs préférés du déjeuner. Et un autre joli fil rouge : Veedercrest était l’un des Chardonnays californiens servis lors de la dégustation originale de 1976. L’étiquette célèbre d’ailleurs le Jugement de Paris de 1976 et les 50 ans du domaine.

La bouteille de Veedercrest Chardonnay 2022, dont l'étiquette évoque le Jugement de Paris de 1976 Veedercrest Chardonnay 2022. L’étiquette mentionne « 1976 Judgment of Paris » et les 50 ans du domaine.

David Bruce, Chardonnay 2022. Un bon vin, mais une expression du Chardonnay un peu trop scolaire à mon goût, avec un boisé un peu trop présent. En comparaison des autres, il était un cran en dessous, même si je serais toujours content d’en boire le jour où j’ai envie d’un bon Chardonnay. Comme il se doit, David Bruce (dans les Santa Cruz Mountains, fondé en 1964) figurait aussi dans la sélection de 1976.

La bouteille de David Bruce Santa Cruz Mountains Chardonnay 2022 David Bruce Chardonnay 2022, des Santa Cruz Mountains.

À la découverte des rouges de Californie

Sont ensuite arrivés les rouges, accompagnés d’un filet de bœuf et d’un jus au merlot.

Filet de bœuf en accord avec les Cabernets de Californie Le filet de bœuf, plat principal de la série des rouges.

Titus, Napa Valley Zinfandel 2023. Une vraie tuerie. Titus est un domaine familial de St. Helena qui travaille des vignes de Zinfandel de 40 ans, conduites en sec : ça se sent, c’est concentré et généreux, exactement ce qu’on attend d’un Zin de Napa.

La bouteille de Titus Napa Valley Zinfandel 2023 Titus Vineyards Napa Valley Zinfandel 2023.

Terah Wine Co., Barbera 2024. Une tuerie encore plus grande, et une surprise, car le Barbera est un cépage piémontais, pas un classique californien. Il est signé Terah Bajjalieh (formée à Montpellier, justement) à partir du vignoble Shake Ridge Ranch, cultivé en bio dans le comté d’Amador, en grappes entières et levures indigènes. Éclatant, juteux et plein d’énergie.

La bouteille de Terah Wine Co. Barbera 2024 Terah Wine Co. Barbera 2024, du Shake Ridge Ranch dans le comté d’Amador.

Maggy Hawk, Jolie Pinot Noir 2021. Très bon aussi. Un Pinot de climat frais de l’Anderson Valley (rattaché à la famille de domaines Jackson), tout en fruits rouges éclatants et en allonge. Un tout autre registre après le Zinfandel et le Barbera.

La bouteille de Maggy Hawk Jolie Anderson Valley Pinot Noir 2021 Maggy Hawk « Jolie » Pinot Noir 2021, de l’Anderson Valley.

Ridge Vineyards, Monte Bello 2023. Peut-être la bouteille la plus historique de la table. Ridge Monte Bello est l’un des très rares vins à avoir participé à la fois à la dégustation de 1976 et à la revanche du 30e anniversaire en 2006, qu’il a remportée. Un Cabernet des Santa Cruz Mountains taillé pour le temps long, serré et sérieux dans sa jeunesse.

Mayacamas Vineyards, Cabernet Sauvignon 2021. Un autre concurrent de 1976. Cultivé en altitude sur le Mont Veeder, c’est le Cabernet de montagne classique de Napa : structuré, minéral, clairement fait pour vieillir des décennies plutôt que pour séduire ce soir.

Robert Mondavi, To Kalon Reserve Cabernet 2022. Incroyablement bon. To Kalon, à Oakville, est l’un des vignobles les plus mythiques de Napa, et Mondavi fut le grand évangéliste qui a contribué à mettre la Californie sur la carte. Une belle bouteille pour finir.

Les bouteilles de Mayacamas et de Robert Mondavi To Kalon Reserve Cabernet à Hong Kong Robert Mondavi To Kalon Reserve Cabernet 2022, avec la baie de Hong Kong en arrière-plan.

La bouteille de Mayacamas Mt. Veeder Cabernet Sauvignon 2021 Mayacamas Vineyards Cabernet Sauvignon 2021, du Mont Veeder.

Ce que j’ai appris pendant l’événement

Quand on aime le vin, chaque dégustation est aussi une leçon, et ce déjeuner n’a pas fait exception.

La première chose que je retiendrai, c’est tout simplement à quel point les vins de Californie sont bons. Je ne m’étais jamais vraiment plongé dans la région (il y en a toujours tant d’autres à découvrir), mais ce déjeuner l’a propulsée en haut de la liste des endroits que je veux explorer pour de vrai. J’espère qu’on pourra vous emmener un jour en Californie, déguster ces vins là où ils sont faits.

La deuxième chose m’a frappé plus discrètement. J’étais assis au cœur du marché du vin américain et, alors que je passe beaucoup de temps avec des gens qui se plaignent de l’état du monde du vin, ce n’était pas du tout le ton ici. Ce que je retiens des discours, c’est une phrase : c’est notre devoir de rester pertinents, de mériter le verre. Ce discours est très loin du « il faut survivre à la crise » que j’entends dans d’autres régions, et je l’ai trouvé vraiment rafraîchissant.

Au final, ce fut un déjeuner très heureux, et même le Français en moi a passé un excellent moment. Une superbe découverte des vins de Californie, exactement 50 ans après que la Californie a débarqué à Paris.

À lire aussi