La semaine dernière, j’ai pu creuser un peu plus le sujet des vins de Californie, lors d’une dégustation organisée par Keenan Winery ici, à Hong Kong. Reilly Keenan, la troisième génération de la famille, avait fait le déplacement pour nous faire découvrir le domaine et sa philosophie. La salle était calme et concentrée, et entre un hôte direct, drôle et d’une transparence rafraîchissante et quatre vins honnêtes, je suis reparti avec une idée claire de ce qu’est ce domaine de la Napa Valley. Voici donc tout ce qu’il faut savoir sur Keenan Winery, sur Spring Mountain.

À propos du domaine : la géographie et le climat de Keenan Winery

L’histoire de Keenan Winery dans la Napa Valley

Keenan Winery a été fondé en 1974, lorsque Robert Keenan a acheté 180 acres en hauteur, dans le Spring Mountain District, et a rebâti un chai en activité à l’intérieur des murs d’une vieille cave en pierre laissée à l’abandon. Cette cave n’était pas la sienne à l’origine. Elle avait été élevée par Peter Conradi, un immigré allemand installé sur le site en 1890, qui y planta du Zinfandel et de la Syrah avant de bâtir, en 1904, la cave en pierre qui ancre encore le domaine aujourd’hui. La Prohibition a vidé les lieux, restés silencieux pendant des décennies, jusqu’à l’arrivée de Robert qui leur a redonné vie.

Photo d'archive datant d'environ 1910 de la cave en pierre d'origine du domaine Keenan, avec la famille Conradi au premier plan

La suite est une histoire de famille. À la fin des années 1990, le domaine s’était essoufflé, et en 1998 le fils de Robert, Michael Keenan, l’a repris en main et a replanté les vignes pour en relever la qualité. Michael le dirige toujours, et celui qui nous servait, Reilly, est la troisième génération à vivre ce lieu. Le domaine compte environ 57 acres (23 hectares) plantés en vigne sur les 180 que compte la propriété, et produit autour de 12 000 caisses par an, ce qui reste modeste à l’échelle de la Napa. Vous pouvez retrouver l’histoire complète sur le site de Keenan Winery.

Un domaine de montagne : altitude, eau et culture en sec

Presque tout, dans ces vins, commence par l’adresse. Les vignes se situent entre environ 1 500 et 2 000 pieds (450 à 600 mètres) sur les versants est de la chaîne des Mayacamas, au sein de l’AVA Spring Mountain District. C’est le coin le plus frais et le plus humide de la Napa, le plus souvent au-dessus de la ligne de brouillard, avec des journées fraîches, des nuits plus douces que dans la vallée, et une mosaïque de sols volcaniques et sédimentaires.

Une carte de l'AVA Spring Mountain District et des appellations imbriquées de la Napa Valley, présentée pendant la dégustation Keenan Winery

Deux choses m’ont marqué. D’abord, l’altitude et le stress de la montagne donnent des baies plus petites et une structure naturellement plus ferme, le type de raisin qui fait des vins de garde. Ensuite, Keenan cultive la majeure partie du domaine en sec, en laissant les vignes trouver elles-mêmes leur eau plutôt qu’en irriguant. C’est vraiment rare en Californie, et cela en dit long sur la façon de penser de la famille : moins d’intervention, plus de confiance dans le terroir.

Les vins de Keenan Winery que nous avons dégustés

Nous avons parcouru quatre vins, un blanc et trois rouges, et ils plaidaient bien pour le style de la maison : l’équilibre avant la puissance.

Une série de quatre vins de Keenan Winery dans des verres numérotés, lors de la dégustation à Hong Kong

  • Chardonnay, Spring Mountain District 2021. Un Chardonnay net et bien dosé, élevé pour moitié en cuve inox et pour moitié en fût, ce qui lui donne de la texture sans jamais basculer dans le lourd ou le beurré. Équilibré et très facile à aimer.
  • Merlot, Napa Valley 2019. Mon vin de la soirée. La texture est superbement équilibrée, les tanins sont présents mais ne forcent jamais, et il plaide pour le Merlot comme véritable identité du domaine, ce qui est inhabituel dans une vallée obsédée par le Cabernet. Vraiment bien fait.
  • Mernet, Spring Mountain Proprietary Red 2019. Vous vous demandez sûrement ce qu’est un « Mernet ». C’est un mot inventé par le père de Reilly, Michael, pour désigner l’assemblage de Merlot et de Cabernet Sauvignon du domaine : Mer pour Merlot, net pour Cabernet. On peut trouver ça ringard (Reilly, clairement) ou attendrissant (moi). Dans tous les cas, le vin est excellent : une expression classique et soignée de cet assemblage.
  • Cabernet Sauvignon, Spring Mountain District Reserve 2019. Sur le papier, ç’aurait pu être le vin sage, un peu ennuyeux de la série. Dans le verre, c’était l’inverse. Les tanins étaient parfaitement fondus, le vin élégant plutôt que démonstratif, et la longueur m’a sincèrement impressionné. C’est à ça que ressemble, tranquillement, un « très bon vin ».

Ce sont des rouges de montagne dotés d’une vraie structure, la lignée même des Cabernets de la Napa qui ont bousculé les Français au Jugement de Paris en 1976. Ils sont aussi faits pour vieillir, et méritent donc une vraie place en cave à vin.

Ce que je retiendrai de Keenan Winery

Deux choses, en réalité. Les vins d’abord : les quatre étaient bons, mais le Merlot avait une identité que les autres, aussi aboutis soient-ils, n’égalaient pas tout à fait. Et puis les gens. Reilly était ouvert et humble sur ce qu’ils font et la manière dont ils le font, ce qui n’est pas toujours acquis dans la Napa. Les photos des vignes qu’il nous a montrées étaient saisissantes, et ses anecdotes sur le domaine (dont certaines que je ne peux pas écrire) donnaient envie d’aller s’y perdre une semaine. De grands vins, de belles personnes. C’est souvent là tout l’enjeu.

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