Au cœur du Mâconnais, dans le nord de Mâcon, se trouve la Cave de Lugny, une cave coopérative emblématique de la région. Cette interview nous emmène à la rencontre de Stéphane Garrigue, directeur de la cave, et d’Emmanuel Nonin, vigneron et administrateur, qui partagent avec nous leur passion pour le vin et leur attachement à ce terroir unique.
Stéphane Garrigue, avec une expérience riche et variée dans le monde du vin, tant en France qu’aux États-Unis, nous raconte son parcours et son retour aux sources dans le milieu coopératif. Emmanuel Nonin, quant à lui, nous parle de son engagement en tant que vigneron coopérateur et de son amour pour la terre et les vignes.
Avant de commencer, on va beaucoup parler de Chardonnay mais si vous cherchez une casquette qui montre votre amour de l’autre cépage Bourguignon :
Au fil de cette discussion, nous découvrons l’histoire de la Cave de Lugny, fondée en 1926, et son rôle central dans la production de vins de qualité, notamment le célèbre Chardonnay. Nous explorons également les spécificités du terroir du Mâconnais, les défis et les réussites de la cave coopérative, ainsi que les initiatives innovantes mises en place pour promouvoir la biodiversité et la durabilité.
Cette interview est une invitation à plonger dans l’univers fascinant du vin et à découvrir les hommes et les femmes qui, par leur passion et leur savoir-faire, contribuent à la renommée de la Cave de Lugny et du Mâconnais.
Antoine
Bonjour Stéphane, Bonjour Emmanuel.
Stéphane Garrirgue, cave de Lugny
Bonjour Antoine.
Antoine
Merci beaucoup de m’accueillir ici. Je suis à la cave de Lugny, en ce moment même, dans le Mâconnais, au nord de Mâcon. Je suis arrivé ce matin, on a fait ensemble un tour dans les vignes qui était super. Ça m’a permis de découvrir beaucoup plus en détail ce terroir de Mâcon que je connais encore très mal. Je suis venu qu’une seule fois auparavant. Pour moi, c’est vraiment beaucoup de plaisir de venir ici. En plus, vous, vous faites dos, mais moi, j’ai une superbe vue sur les vignes qui sont derrière vous, sur les Charmes.
Stéphane Garrirgue, cave de Lugny
C’est ça. C’est notre lieu-dit, les Charmes.
Antoine
Le lieu-dit, les Charmes, sur lequel on était tout à l’heure. Merci beaucoup pour ça. On va parler de pas mal de choses, puisque vous avez une histoire à la fois personnelle, qui sont tous les deux vastes, mais aussi une histoire de la cave, une histoire de coopération, de développement qui est variée, qui est grande. On a beaucoup de sujets à aborder. Avant toute chose, comme d’habitude, est-ce que vous pouvez commencer par vous présenter ?
Présentations de Stéphane Garrigue et Emmanuel Nonin de la Cave de Lugny
Stéphane Garrirgue, cave de Lugny
Oui, bien sûr. Moi, je suis Stéphane Garrigue. Je suis le directeur de la cave de Lugny et ce, depuis novembre 2022, donc un peu plus de deux ans et demi au sein de la cave de Lugny. Moi, j’ai commencé dans le milieu du vin un peu avant 2000, dans les années 1998, c’était au millénaire dernier. Je suis parti, aux États-Unis pour travailler dans le vin, commercialiser des vins français, mais aussi des vins de toute région, aux États-Unis d’abord et puis à l’international. Mais j’ai vécu et habité aux États-Unis pendant 10 ans. C’est là où j’ai appris beaucoup de choses sur le milieu du vin, sa culture et sa commercialisation. Et puis, j’ai souhaité, natif du sud de la France, catalan d’origine, vouloir revenir à mes racines. Et je suis rentré à Perpignan précisément pour travailler et découvrir le milieu coopératif au sein d’une cave coopérative, un gros regroupement de caves coopératives à l’époque qui s’appelle toujours Les Vignerons Catalans. Magnifique entité qui m’a fait découvrir le modèle coopératif qui m’a passionné. J’y suis resté 10 ans pour après travailler au sein du groupe Advini et revenir, il y a un peu plus de deux ans de cela, au sein de la cave coopérative, de la cave de Lugny, retrouver certaines valeurs qui m’avaient beaucoup touché lors de mon passage aux vignerons catalans.
Stéphane Garrirgue, cave de Lugny
Et je les retrouve ici, à la cave de Lugny, au sein de tous ces collaborateurs, de ces coopérateurs qui font la vie et la sociabilité, la mutualisation de tout le travail qui est le propre d’une cave coopérative à Lugny.
Antoine
Chouette. Merci beaucoup Stéphane. On creusera juste après dans cette histoire, mais puisque j’ai deux interlocuteurs avec moi, donc pour les personnes qui nous écoutent, vous venez d’entendre Stéphane, qui est le directeur de la cave de Lugny, et on a avec nous Emmanuel, qui est vigneron et et qui est aussi le puits de science de cette cave coopérative, des échanges que j’ai pu avoir et de la manière dont on m’a décrit ce que tu fais.
Emmanuel Nonin - Cave de Lugny
Bonjour Antoine, bonjour à nos auditeurs. Puits de science, le mot est un peu fort. Je suis donc Emmanuel Nonin. Pour ma part, je suis vigneron coopérateur depuis 2013 à part entière, on va dire, parce que je me suis installé en 2013 en tant que jeune vigneron coopérateur. Ça fait maintenant un peu plus de 10 ans que je suis producteur au sein de la Cave de Lugny et j’en suis aussi administrateur. C’est-à-dire que je prends part aux décisions du conseil d’administration qui est l’organe représentatif et de décisions de la cave. Alors si j’ai repris les vignes en 2013, sachant que maintenant, j’ai plus de 40 ans, j’ai eu une autre vie avant. J’ai travaillé dans des agences événementielles, dans des agences de tourisme et dans le monde du vin. Je suis moi issu de l’université en sciences humaines, histoire, géographie, tourisme. Et ce qui m’a conduit à créer en 2010 une agence d’événementiel autour du vin et de la culture qui s’appelle le Oenoculture. Et donc à ce titre, je vous parle en tant que chef d’entreprise, gérant de société d’événementiel et puis vigneron coopérateur. Et donc, effectivement, j’ai étudié la cave coopérative, le vignoble, à titre universitaire et je continue de le faire.
Emmanuel Nonin - Cave de Lugny
Et puis, par ailleurs, je garde les pieds dans la glèbe, qu’on dit.
Antoine
C’est toujours quelque chose que tu fais aujourd’hui, cette société d’événementiel et de tourisme ?
Emmanuel Nonin - Cave de Lugny
Effectivement, oui, je vous parle à titre de double actif. Je partage mon temps entre l’exploitation familiale et le tourisme, la médiation culturelle autour de la culture du patrimoine, du vin. Ici, nous sommes dans le Mâconnais, une région riche entre deux cités abbatiales que sont Tournus et Cluny, et plus au sud, l’ancienne cité comtale et épiscopale qui est Mâcron.
Antoine
Comment est-ce que tu es revenu au vin ? Tu avais cette société d’événementiel, tu avais tout ce passé universitaire, justement, dont tu parles. Qu’est-ce qui t’a donné envie de revenir sur la terre, sur les vignes ?
Emmanuel Nonin - Cave de Lugny
Ça, ce n’était pas du tout une évidence parce que mon grand-père, Elie, qui était vigneron ici même à Lugny, qui était né en 1919, on parle là en termes de civilisation, c’est la fin du XIXe siècle, le tout début du XXe siècle. Mon grand-père a exploité les vignes jusqu’à ce que mort s’en suive, si on peut dire, jusque dans les années 2000. Il se posait une question de savoir que deviendrait les vignes, sachant que mon père avait eu sa propre carrière, parce que mon grand-père ne lui avait pas laissé beaucoup de temps pour exploiter. Mon père a repris les vignes, on va dire, un peu au pied levé en fin de carrière de mon grand-père. Quand il s’est posé la question de savoir quel était le devenir ces vignes, à savoir si elles allaient être données en location ou si elles étaient conservées, exploitées, comme on dit, en faire-valoir direct dans la famille, il a fallu que je me positionne. C’était une période où j’avais fini la plupart de mes contrats et mes études dans d’autres sociétés. Et puis, je commençais à réfléchir, à créer une structure de tourisme, de médiation d’événementiel. Et par ailleurs, croisant mes deux expériences. Une expérience familiale, une expérience universitaire. En créant une structure dédiée à cela et puis en assurant le patrimoine familial. Alors, j’ai dû retourner à l’école. Je suis retourné à l’école à la VitiOeno de Beaune. Donc, ça n’était pas forcément naturel, mais ça s’est imposé un peu comme une évidence. Je dirais une façon d’assumer le patrimoine familial.
L’expérience de Stéphane aux Etats Unis : construire un vin de marque
Antoine
Toi, Stéphane, Tu as commencé le vin plutôt dans la partie commercialisation ?
Stéphane Garrirgue, cave de Lugny
Oui. Moi, je suis du pays catalan, je viens des Pyrénées-Orientelles où on n’a pas trop le choix dans les Pyrénées-Orientelles. On travaille soit dans le tourisme, soit dans l’agriculture. Et l’agriculture, évidemment, c’est la viticulture. Donc, j’ai toujours baigné dans ce milieu-là avec un choix, évidemment, si possible, de travailler dans la viticulture qui a baigné ma jeunesse, bien évidemment, mais surtout partir à l’étranger. C’était mon premier choix. Et donc j’ai réussi à conjuguer les deux en travaillant aux États-Unis, en commercialisant des vins français et étrangers en Floride précisément, et à travers les États-Unis pendant de nombreuses années. Puis à l’international, j’y suis resté 10 ans et j’ai eu la chance de rencontrer de nombreuses personnes dans le milieu du vin. Ça m’a beaucoup appris. Je me suis régalé à côtoyer des grands winemakers. Antoine, ton podcast s’appelle le Wine Makers Show. J’ai rencontré des grands winemakers aux États-Unis. Le winemaker est une figure importante là-bas. J’ai eu la chance de travailler avec des grandes marques, avec Bill Hardy, entre autres, pour les vins Hardys, des gens qui ont travaillé avec la famille Mondavi. Tout ça, c’était passionnant, ça m’a beaucoup appris. Et puis, le retour aux sources était aussi une évidence.
Stéphane Garrirgue, cave de Lugny
Un attachement, bien sûr, à la France et puis aux valeurs de la coopération par la suite.
Antoine
Qu’est-ce que tu as vu aux États-Unis que tu as retrouvé ou que tu as voulu refaire ensuite en France ?
Stéphane Garrirgue, cave de Lugny
La capacité que tout est possible, je trouve qu’aux États-Unis, elle existe et elle est peut-être même plus présente qu’en France. Et ça, j’ai apprécié. On peut avoir peu d’éducation, mais être tout à fait considéré aux États-Unis en ayant la capacité de devenir quelqu’un. On peut être commercial sans être qualifié de vendeur de voiture. Quelqu’un qui va commercialiser des produits là-bas est tout aussi considéré, voire beaucoup plus qu’en France. Je trouve qu’il y a quand même une confiance donnée à la personne aux États-Unis qui m’a beaucoup apporté. Et moi, j’ai aussi bénéficié de ça. Je suis arrivé aux États-Unis, je balbutiais l’anglais. Je ne sais même pas comment mes employeurs m’ont embauché, mais je balbutiais l’anglais et j’ai dû me mettre sur des estrades à parler de nos vins Français auprès de 200 commerciaux américains avec mon anglais balbutiant. Je voyais bien les sourires autour de moi de ces 200 personnes et je me doutais bien que mon accent était terrible, mais je pense que ce qui leur plaisait, c’était l’authenticité de ce que moi, en tant que français, je pouvais représenter. Je pense que ça m’a beaucoup formé. On m’a fait confiance très rapidement.
Stéphane Garrirgue, cave de Lugny
C’est ce que je disais en introduction sur les États-Unis. On m’a dit: On a confiance en toi, mets-toi sur les planches, va parler de nos produits. C’est ce que j’ai fait. Je pense que c’est une très bonne école aussi d’humilité. Parce que quand on arrive, on ne parle pas la langue, on est face à des grands professionnels, il faut leur parler du produit. De l’humilité, ça apprend un peu à se dépasser, à prendre confiance en soi. Et puis voilà, ça m’a beaucoup apporté, en tout cas dans mon développement de carrière, ça, c’est certain.
Antoine
Je pense que c’est le cas de beaucoup d’émigration. Quand tu émigres dans un endroit, tu n’as aucune autre option que de surperformer le marché local, parce que sinon, ils ne vont pas te donner de boulot et tu rentres chez toi et c’est fini. Ton aventure est finie.
Stéphane Garrirgue, cave de Lugny
Je pense que tu as tout à fait raison. Il y a un autre truc qui m’a drivé aux États-Unis et qui m’a vraiment marqué, pour moi, qui m’a accompagné tout le temps, c’est de me dire: Je suis français, je représente la France. Quand les gens me regardent, ils voient la France. Donc, ne te plante pas, Stéphane. Parce que j’avais ce sentiment de représenter tout un pays, un peuple, une culture, une viticulture. Je me disais: Tu dois faire mieux que si tu étais en France parce que tu représentes… Le regard des gens, au début, il était ça. En tout cas, dans les années 2000, un Français, ça représentait le luxe, la gastronomie, la culture, la mode. Donc, on devait se mettre au niveau de cette vision qu’avaient les Américains. Donc, je me suis forcé à faire l’effort d’apprendre, de parler correctement, de représenter mon pays du mieux possible. Ça, ça m’a aussi beaucoup poussé. Je me suis senti devoir faire peut-être plus que si je n’avais été en France pour travailler encore mieux.
Antoine
Tu penses que c’est encore le cas aujourd’hui ? Aux États-Unis ?
Stéphane Garrirgue, cave de Lugny
Je ne sais pas. Je pense que les choses ont beaucoup évolué. J’avoue que je regarde un petit peu avec effarement l’évolution de la politique américaine et je pense qu’il y a quand même un repli sur soi américain qui, moi, m’attriste un peu. C’est vrai que ce n’était pas spécialement les gens que je fréquentais aux États-Unis et je pense à eux, ils doivent être dépités de tout ce qui arrive aux États-Unis. Je pense que malheureusement, ce repli sur soi, il n’est pas idéal pour les États-Unis qui a toujours porté beaucoup de nouveauté, beaucoup d’innovation. Ils le font toujours, mais en se refermant sur eux-mêmes, je ne suis pas sûr que ça soit la meilleure des choses. Donc non, l’ouverture à l’immigration, moi, j’étais un immigré, tout simplement. Je pense que j’étais accueilli vraiment à bras ouverts. Je suis moins sûr que ça soit le cas maintenant.
L’attachement de Stéphane Garrigue au modèle coopératif
Antoine
Tu rentres ensuite dans le sud de la France ? Et là, tu prends tout de suite des fonctions de direction ?
Stéphane Garrirgue, cave de Lugny
Direction commerciale au sein des vignerons catalans. Oui, là aussi, pareil, c’est de la confiance aussi. En effet, le directeur de l’époque, le président de l’époque m’ont fait confiance. Moi, j’arrivais des États-Unis. Je connaissais un peu les vins, évidemment, puisque ça faisait 10 ans que j’étais dans le milieu, mais je ne connaissais pas le marché français, je ne connaissais pas la grande distribution. Ils m’ont fait confiance, ils m’ont dit: On croit en toi, il te manque des choses. Tu n’es pas tout à fait prêt pour le job, mais on pense que tu peux y arriver. Vas-y, voilà les clés du camion. Et on m’a fait confiance et j’ai pu commercialiser les vins catalans en France au sein de la grande distribution. Je ne connaissais personne. Et puis, j’y suis resté 10 ans, ça s’est bien passé. J’ai travaillé sur l’export après. J’ai pris la direction commerciale de tous les services. Et donc oui, c’était aussi une question de confiance. J’ai apprécié ça aussi. J’essaie aussi de le rendre maintenant aux collaborateurs et aux personnes qu’on engage à la cave de Lugny.
Antoine
Et donc la cave de Lugny, c’est ce qui arrive juste après dans ta carrière ?
Stéphane Garrirgue, cave de Lugny
Pas juste après, parce qu’après, les vignerons catalans, c’est les rencontres aussi. J’ai rencontré Antoine Leccia, que moi, j’admirais beaucoup en tant qu’entrepreneur dans le milieu du vin, qui a su développer des marques magnifiques. Je viens d’un monde de marques aussi. Les États-Unis, c’était ça. C’était le vin, la viticulture, mais c’était les marques qui étaient travaillées comme des produits de consommation avec les avantages et les inconvénients. Mais on a appris là-bas à construire des marques. C’était aussi, je pense, ce que ça a su faire Antoine Leccia au sein d’Advini et c’est ce qui m’a rapproché de lui. Et suite à une rencontre, j’ai eu une proposition d’Antoine de travailler avec lui au sein d’Advini et je l’ai rejoint pendant cinq ans. Donc, j’ai fait dix ans au Vigneron Catalan, dans le milieu coopératif, cinq ans chez Advini. Et puis, le retour, je pense que ce qui mon souhait principal était revenir dans le milieu coopératif, pour lequel j’avais vraiment une appétence, un attachement particulier sur ce modèle-là, en tout cas.
Antoine
Chez Advini, tu faisais aussi de la direction commerciale ?
Stéphane Garrirgue, cave de Lugny
Direction commerciale France, export, trade, grande distribution. J’ai fait un peu le tour chez Advini, ce qui était extrêmement enrichissant aussi. Ça a été passionnant.
Antoine
Et ensuite, arrivé à Lugny, tu connaissais déjà le Mâconnais ou c’est un peu la première fois que tu as mis les pieds à Mâcon, c’était surtout pour Lugny.
Stéphane Garrirgue, cave de Lugny
Je connaissais la Bourgogne parce que justement, Advini a de belles maisons en Bourgogne, de très belles maisons. Il y a plusieurs choses qui m’ont fait rêver en arrivant à la Coupe de Lugny. C’est le modèle coopératif, je voulais le retrouver, je l’ai déjà dit. Mais c’est aussi la Bourgogne. Moi, je suis arrivé en 2022, on venait de terminer le millésime 2021. Tout le monde cherchait la Bourgogne. La Bourgogne, à travers le monde, c’est l’excellence du vin dans le monde et sans aucune comparaison. Bien sûr, le Bordelais, quelques grandes régions se hissent dans le top 3 des régions reconnues mondialement, partout dans le monde plutôt, on va présenter la Bourgogne, tout le monde va dire: Je connais ce grand vignoble. Ça, c’est passionnant. Donc, venir en Bourgogne, pour quelqu’un qui travaille dans le milieu du vin, je ne veux pas dire que c’est le Graal, mais pas loin. La Bourgogne était clairement une envie et le milieu coopératif, une deuxième envie. Donc là, la cave de Lugny, c’est clairement l’intersection de ces deux souhaits, le monde coopératif que je voulais retrouver, et puis l’univers de la Bourgogne, qui est quand même à un niveau qualitatif et puis une réponse à une demande complètement dans l’air du temps.
On en parlera, mais quand on côtoie les plus grands blancs, le vignoble et les vins blancs ont clairement le vent en poupe. Le chardonnay est un cépage merveilleux. Le nom Bourgogne est une planche de surf que tout le monde surfe dans le milieu de la viticulture sans problème. Et les crémants aussi, on parlera, j’espère, des crémants qui sont aussi un savoir-faire de la cave de Lugny, qui est passionnant.
L’histoire de la cave de Lugny
Antoine
Justement, plongeons-nous dans cette cave de Lugny. Peut-être, on peut commencer par l’histoire de cette cave. Je crois qu’on a décidé tout à l’heure de dire que c’était la première cave coopérative bourguignonne créée et encore en existence.
Stéphane Garrirgue, cave de Lugny
C’est ça. On veut froisser personne et je vais demander à mon grand ami Emmanuel de développer un peu l’histoire, mais on veut froisser personne, mais on pense que la cave de Lugny est la plus ancienne cave de Bourgogne. On a rajouté tout à l’heure encore en activité parce qu’il y en a eu des caves dans le nord de la Bourgogne, mais qui ont disparu depuis. Je pense que la dernière en activité et la première créée, c’est la cave de Lugny, en 1926. On parlera un petit peu du fait que les caves coopératives sont beaucoup plus présentes en Saône-et-Loire que dans le reste de la Bourgogne. Je crois qu’en Saône-et-Loire, Emmanuel, tu peux confirmer, mais il y a peut-être plus d’une dizaine de caves coopératives.
Emmanuel Nonin - Cave de Lugny
Il y a 17 caves coopératives en Bourgogne. 14 caves coopératives en Mâconnais-Saône-et-Loire.
Stéphane Garrirgue, cave de Lugny
Pour revenir à l’histoire de la cave de Lugny, une cave historique, qui va fêter son centenaire, créée en 1926 avec la création de la première cave coopérative à Lugny, puis l’année l’année suivante, la création de la cave de Saint-Gengoux-de-Scissé. Ces deux caves se sont réunies, ont fusionné. Et puis, un peu plus tard, en 1994, la cave de Chardonnay, petit village mythique pas bien loin d’ici à 6 kilomètres de Lugny, a rejoint le triptyque et donc a formé ce triptyque Lugny, Saint-Gengoux-de-Scissé et Chardonnay.
J’interromps votre lecture quelques secondes, pour la bonne cause.
Grâce à mon podcast, je passe beaucoup de temps dans les vignes et j’ai la chance de découvrir des choses incroyables : des domaines les plus connus aux endroits très confidentiels. Si je vous en faisait profiter ?
Si vous souhaitez vous constituer une belle cave à vin, laissez moi votre email.
Antoine
Cette cave, elle s’étend dans le Mâconnais. C’est quoi les limites géographiques. J’ai peur de dire des bêtises. Je les ai à peu près retenues. Au nord, c’est Chardonnay, je crois.
Emmanuel Nonin - Cave de Lugny
Le Mâconnais, pour une part, c’est cette région naturelle qui correspond au mont du Mâconnais, qui se situe dans un triangle dont j’ai donné les bornes tout à l’heure, Tournus au nord, au sud, Mâcon, qui est toujours la cité administrative, ville, préfecture. Et puis, à l’ouest, se trouve Cluny. À peu près, vous avez là, entre ces trois villes, dont la distance est à peu près d’une vingtaine de kilomètres entre chaque. Là, vous avez les monts du Mâconnais et la cave de Luny, elle draine justement des raisins et du vin, si on peut dire, entre Tournus et Cluny.
Antoine
Est-ce que tu peux nous parler un petit peu des terroirs, justement, de ce que vous avez ici à la cave de Lugny ? Moi, j’ai eu la chance d’avoir fait un tour et donc de situer, de voir un peu, mais pour les personnes qui nous écoutent, est-ce que tu peux nous raconter un petit peu la structure, à la fois l’encepagement, bien sûr, mais aussi la composition des sols, les orientations, qu’est-ce qu’on va retrouver et la conséquence sur le profil des vins qu’on va avoir.
Emmanuel Nonin - Cave de Lugny
Cette question des terroirs en Mâconnais, elle est tout à fait intéressante parce que d’abord, le Mâconnais, c’est le plus grand vignoble bourguignon en termes d’hectares, plus de 1 000 hectares. Et la configuration géographique, topographique, elle n’est pas si facile que ça, parce qu’on ne parle pas de la Côte Mâconnaise, on parle bien des monts du Mâconnais. Ça sous-entend que pour découvrir cette sous-région de la Bourgogne, il faut aller par monts et par vaux. Il faut gravir un coteau, passer une crête, descendre dans une vallée et remonter par un autre chemin pour atteindre un autre vallon ou un autre coteau. La cave de Lugny, elle a la chance de pouvoir conjuguer trois types d’expositions que l’on retrouve dans ces monts du Mâconnais. C’est à savoir les côtes orientées, c’est-à-dire qui regardent l’orient et le soleil levant. Deuxièmement, vous avez les revers de côtes que l’on désigne, nous, dans notre langage populaire et qui fait aussi le nom de nombreuses cuvées en Bourgogne, désignées par les crêts, ces coteaux qui regardent le soleil couchant. Et puis, au sommet de ces crêts, de ces revers de côtes, on a les plateaux. Les plateaux, comme leur nom l’indique, plutôt relief plan, qui eux voient un peu le soleil sans arrêt tout le temps.
Emmanuel Nonin - Cave de Lugny
Et la cave de Lugny, elle conjugue ces trois types d’expositions. Et chacune de ces expositions va offrir un type de sol qui lui est particulier. Donc, on peut, si tu veux, Antoine, pousser un peu plus loin sur ce qui fait la spécificité. D’abord, les vignobles orientés au levant, la côte orientée, elle aura plutôt des sols très calcaires d’oxyde de fer, donc rouges. Sols rouges. C’est-à-dire les terrains à rouges, comme disaient les anciens, terres à rouges. On plantait historiquement les Pinot Noir et les Gamay qui ont besoin de plus de chaleur. Donc, ce sont des sols plus chauds. Les revers de Cotes, donc les crets, le vignoble exposé au couchant, lui, est essentiellement constitué de calcaire mélangé à des marnes, des argiles qui sont bien souvent blanches, les terrains blancs, plus froids. Cette exposition au couchant contribue à cet aspect plus froid de cette partie du vignoble. Et puis, au sommet du revers de côte, se trouvent les plateaux dont la structure du sol est parfois très pierreuse calcaire, mais qui se mêlent à des passées plus argileuses, plus limoneuses parfois. Vous avez cité tout à l’heure le plateau des Charmes, c’est typiquement ce genre de terroir que nous avons sur ces plateaux.
Emmanuel Nonin - Cave de Lugny
Je dirais que le vignoble de la cave de Lugny conjugue ces trois aspects du terroir que l’on peut retrouver dans le Mâconnais. C’est un cas de figure exceptionnel parce qu’on est vraiment ici dans l’essence de ce qui fait même les vins du Mâconnais.
La cave de Lugny : experts du Chardonnay
Antoine
Vous êtes les spécialistes Chardonnay. Si j’ai bien retenu ce qu’on a dit tout à l’heure, c’est 90% de la production de la cave de Lugny, c’est du Chardonnay. Et vous êtes aussi les plus grands producteurs de Chardonnay de Bourgogne en volume, c’est ça ?
Stéphane Garrirgue, cave de Lugny
C’est spécifique à notre secteur, d’autant plus que nous sommes voisins d’un village dont nous sommes très fiers et dont tu vas nous parler. Mais oui, pour revenir au cépage, en effet, le chardonnay, on a l’habitude de dire qu’on est complètement au cœur du chardonnay. Oui, 90% du chardonnay. Et puis, sur 1 250 hectares, ça veut dire que ça fait plus de 1 100 hectares de chardonnay planté autour de nous. Donc oui, je pense qu’on peut se targuer d’un qualificatif de producteur spécialiste du chardonnay. En volume, je pense qu’en effet, vu la taille, on doit être le premier producteur de chardonnay. On ne commercialise pas tout nous-mêmes puisqu’on fait de la bouteille, mais on fait quand même pas mal de bouteilles, presque 6 millions de bouteilles. Donc c’est quand même important, mais ça n’est pas tout notre production et on a des partenaires, des partenaires Bourguignons qui s’approvisionnent aussi sur nos terroirs. Donc voilà, ce qui fait aussi notre fierté, puisque des grands noms aussi véhiculent les vins de notre région, donc on en est très fiers. Et un petit peu d’aligoté, mais ça, c’est vraiment très, très confidentiel. Après, on fait un peu de pinot noir.
Stéphane Garrirgue, cave de Lugny
Ça représente chez nous une des centaines d’hectares, un peu plus. Et du Gamay aussi, bien sûr, pour faire des Mâcons Rouges avec des belles qualités aussi.
Antoine
Justement, revenons sur ce village de Chardonnay. Moi, j’ai eu la chance de faire ma photo emblématique avec le panneau Chardonnay, le panneau d’entrée du village. Si vous venez à Mâcon, prenez la voiture, passez par la cave de Lugny et ensuite foncez à Chardonnay parce que comme ça, vous aurez votre photo avec ce beau panneau. C’est un village qui est emblématique du rapport entre la région et son cépage.
Emmanuel Nonin - Cave de Lugny
Oui, Antoine, c’est vrai que là, tu as un peu fait le pèlerinage. Tu n’es pas le seul à te faire photographier devant le panneau. Ceci dit, les gens s’attendent à trouver une ville, c’est un village seulement de 200 habitants. C’est un village méconnu, mais par contre, le nom, lui, est célèbre dans le monde entier pour trois raisons, parce que c’est un nom en trois dimensions. Ça correspond d’une part à une marque commerciale. Deuxièmement, c’est du matériel végétal, c’est-à-dire que c’est un cépage, c’est un plant de vigne qui est répandu. C’est le cépage blanc le plus répandu dans le monde, le plus globe trotter. Puis, troisièmement, c’est un village. Ce village, il a quand même comme mérite d’avoir laissé son nom par usage à ce cépage blanc qui est maintenant le cépage roi en Bourgogne. Je dis maintenant parce que la bascule se fait en 1973. En 1973, en Bourgogne, on produit autant de vin blanc que de vin rouge. Et puis, désormais, on est dans un mouvement de blanchissement toujours plus important, la Bourgogne blanchit.
Emmanuel Nonin - Cave de Lugny
Et c’est désormais le cépage chardonnay qui a pris, qui a conquis les coteaux Bourguignons. Et cependant, Chardonnay et Lugny sont des villages qui ont, très tôt, dès la fin du XVIIIe siècle, ont cultivé ce cépage blanc chardonnay alors que partout ailleurs ont cultivé du Gamay, qui fait le fameux Mâcon rouge, et dont on avait besoin pour alimenter un marché très populaire, des cafés notamment, et alimenter les ateliers, et si on parle à l’échelle régionale, les ateliers du Creusot parce que ce sont de grands le centre industriel. Ce vin de Gamay, il servait par coupage à abreuver une population, une classe laborieuse. Et puis, à partir de la fin des années 70, début 80, on passe sur un vin plaisir et c’est le vin blanc qui va l’emporter. Et la chance que l’on a, nous, à être légitimes à faire ce Chardonnay en volume, c’est qu’effectivement, on est à côté, on est même partie prenante de ce village en ayant une cave qui dépend du groupe Lugny, dans le village de Chardonnay, qui a donc laissé son nom.
Les caractéristiques d’une cave coopérative
Antoine
La cave de Lugny, c’est une cave coopérative. Qu’est-ce qui fait la spécificité d’une cave coopérative ?
Stéphane Garrirgue, cave de Lugny
Oui, le modèle coopératif, c’est un modèle où dans le modèle économique ou financier actuel, on dirait qu’on a des actionnaires. Nos actionnaires, nous, ce sont nos vignerons. Il y a 150 familles qui sont actionnaires, on appelle ça des coopérateurs, qui participent, qui sont les propriétaires de la cave de Lugny. Ils se rassemblent et l’objectif de la cave de Lugny, c’est une mutualisation de moyens. C’est ça qui en fait la force, parce qu’on a la capacité… Donc chacun est propriétaire de son vignoble à différents niveaux. Il y a des gros propriétaires qui ont plus de 50 hectares parmi nous. Et puis, il y en a des tout petits. Il y en a même qui ont des parcelles de subsistance. Donc on a vraiment de tout en termes de surface. On a vraiment de tout en termes de surface, on a de tout en termes de population aussi. On a des jeunes, on a des anciens, on a des retraités qui prennent encore du plaisir à vendanger. On a des plus grosses structures, des gros exploitants. Cette diversité, je pense que c’est aussi la force de la cave de Lugny. On mutualise les moyens, ça, c’est sûr.
Stéphane Garrirgue, cave de Lugny
Ça permet de mettre en commun des moyens financiers pour pouvoir s’acheter les meilleurs outils. J’espère que vous aurez l’occasion de visiter notre chai, notre vendangeoire. Nous, on fait beaucoup de blancs, on a dû s’acheter 21 pressoirs et c’est des pressoirs de belle qualité. On a visité ensemble notre production de crémant. On a vu une dégorgeuse. Une dégorgeuse, ça permet de finaliser nos vins de crémant qui sont des vins effervescents. On arrive à investir sur du beau matériel qui permet de faire du vin de grande qualité. Et peut-être tout le monde, en étant seuls, une petite famille avec quelques hectares, ne pourrait pas se permettre d’avoir un matériel d’une telle qualité. Donc ça, c’est vraiment la force. Je pense qu’il y a une force financière, puisque mutualisation de moyens, je pense qu’il y a une force intellectuelle aussi. Et c’est ça que moi, je trouve passionnante dans ce modèle-là, c’est qu’il y a une collaboration des idées. Et on essaye de le mettre en valeur encore plus à la cave de Lugny en participant à de nombreuses réflexions pour améliorer la qualité du vin, pour améliorer la qualité du fonctionnement du groupe de coopérateurs. On essaye d’avoir des initiatives, de mettre en place des innovations.
Stéphane Garrirgue, cave de Lugny
Beaucoup viennent de nos vignerons. On a dégusté ensemble à midi un vin. Tu parlais des Engrenages. En effet, cette cuvée Engrenages c’est une initiative d’un vigneron. On a, nous, proposé à un groupe de vignerons de s’exprimer jusqu’au bout de la création d’un vin, puisque c’est vrai que la cave coopérative permet aux coopérateurs de faire ce qu’ils aiment le plus, c’est-à-dire être dans les vignes, être dehors, s’occuper de leur surface, de leurs vignes. C’est vraiment leur patrimoine qui leur est le plus cher et on leur de faire ça, mais peut-être parfois, certains souhaiteraient aller plus loin, s’exprimer dans la vinification, s’exprimer dans la commercialisation, dans la création des étiquettes. La cave de Lugny offre des opportunités, des idées pour pouvoir justement s’exprimer différemment. On a créé une gamme qui s’appelle Un homme, un vin. On invite tous les coopérateurs qui le souhaitent à conceptualiser du début de la création du vin jusqu’à la commercialisation sous des étiquettes à leur nom, qu’ils auront choisi eux et ils commercialiseront leur vin selon le modèle de vinification qu’ils auront choisi. On essaye de mutualiser les moyens, de mutualiser les idées et d’innover ensemble.
Stéphane Garrirgue, cave de Lugny
C’est pour ça que les caves coopératives font montre de produits innovants assez souvent.
Emmanuel Nonin - Cave de Lugny
Pour compléter ce que vient de dire notre directeur, en tant que vigneron coopérateur, on ne vend pas notre raisin à la cave coopérative. Parce que c’est une question qui est récurrente. Il nous est souvent posé: On ne vend pas notre raisin à la cave. C’est-à-dire que nous sommes bien copropriétaires de cette cave. Je dis ça parce que vous avez le modèle champenois où les exploitants vendent le kilo de raisin. Nous, on ne peut pas savoir combien on sera payé, puisque nous, il faut une année pour faire le vin et une année pour le vendre. Donc, on est payé uniquement quand le vin est vendu. C’est une chose importante. Et deuxièmement, je dirais que la cave coopérative, c’est quand même une agglomération de structures familiales. Structures familiales qui permet, comme tu le rappelais, à chacun de s’exprimer.
Antoine
Comment est-ce que toi, tu le vis en tant que vigneron ? Tu connaissais la cave au moment où tu es parti faire tes études ou tu voyais ça vraiment de loin ? Tu n’en avais pas spécialement conscience ?
Emmanuel Nonin - Cave de Lugny
On va dire que dans les années 90, moi, j’étais 90 début 2000, j’étais à l’école, j’étais à l’université, je voyais ça d’un petit peu loin, mais je voyais la cave coopérative comme une espèce de dinosaure. D’ailleurs que comme j’avais étudié l’histoire, je voyais bien que c’était un outil socialiste puisque les fondateurs de nos cave coopératives sont tous des élus à l’origine dans les années 20, des SFIO. Sfio, c’est la section française de l’international ouvrières. Ce sont des idées de Jaurès qui sont mises en application. Je voyais ça comme un modèle un petit peu hors du temps. Il y a une vieille dame qui est là depuis à l’époque plus de 80 ans, 70, 80 ans, quand j’étais encore à l’école. Et puis, je voyais ça comme quelque chose d’un peu… Presque un peu lointain, parce que mon grand-père n’avait pas la relation que l’on peut avoir, nous, nos générations, en 2024, dans cette cave coopérative.
Emmanuel Nonin - Cave de Lugny
C’était les vignerons coopérateurs qui, en personne, allait donner la main pour les opérations de vinification, notamment. Mais cependant, il parlait de la cave comme d’une structure: Il y a la cave qui fait ci, la cave fait cela. Et puis, on sentait qu’il était un peu dépossédé de son outil de production. Ce dont je me suis aperçu en revenant aux affaires, c’est que la cave, désormais, elle avait changé. C’était en 2013, mais c’est vraiment une période charnière où la cave évoluait vers autre chose, un outil véritablement économique, une société. En fait, c’est une société économique comme une autre et qui replaçait l’humain au centre de son projet. Je dirais que ce qui m’a motivé à rentrer au conseil d’administration aussi, c’est de voir comment la cave a été en possibilité de faire appel à ces ressources humaines, salariales, certes, mais aussi avec ses ressources qui lui sont propres, c’est-à-dire les hommes qui constituent la cave, les videront coopérateurs. Donc oui, la cave, désormais, moi, je la vois vraiment comme un outil de coopération socialiste, mais sans ces contradictions. C’est-à-dire qu’on est un outil pleinement intégré dans l’économie mondialisée, capitaliste du XXIᵉ siècle, mais on garde des fondements.
Emmanuel Nonin - Cave de Lugny
On dit souvent: La cave, elle fait du social. On fait du social entre nous parce que quand il faut des avances de trésorerie, la cave, par exemple, elle est en capacité de nous le fournir. Mon grand-père, par exemple, déjà à l’époque, il avait besoin d’acheter un tracteur. Le président de l’époque, le fondateur, lui avait dit: Moi, je te prête même l’argent sur mon propre compte. Ce n’est même pas la peine d’avancer ce que tu as en cave. Cette solidarité, elle existe. Et puis, par ailleurs, on est intégré à un système économique et puis social. La cave, elle est investie en termes sociétales parce que nous sommes présents dans de nombreux événements, nous sommes partenaires d’événements, nous sommes mécènes. Pour moi, la cave coopérative, c’est un acteur de la société.
Stéphane Garrirgue, cave de Lugny
Moi, j’irais même plus loin. Moi, ce qui m’a passionné, j’ai quelques exemples à vous citer sur le niveau d’entraide qu’il peut y avoir entre les vignerons. Moi, j’ai rarement vu ça, mais j’ai découvert à la cave de Lugny des vignerons en difficulté qui n’avaient plus la capacité d’exploiter. J’ai un exemple particulier. Une personne qui ne pouvait plus, de part des problèmes physiques, ne plus exploiter, de plus finir la taille. Là, tout le monde s’est mobilisé. En une matinée, ils ont fait ce qu’ils appellent une corvée. Je trouve que le mot est dur, mais il exprime ce que tout le monde a fait. Moi, j’y suis allé à 7h00 du matin, il faisait moins de 2 degrés. Il y avait 35 vignerons qui étaient prêts à aider cette personne à tailler la vigne. En une matinée, c’était plié, ils ont fait les quelques hectares et la personne nous a reçu tous à midi pour faire un grand machon. Cette solidarité-là, mobiliser 35 vignerons pour finir un travail dont l’exploitant est incapable de terminer lui-même, je ne vois pas ça dans beaucoup d’autres structures.
Antoine
Quand je vous écoute et quand je réfléchis à ça avec mon point de vue extérieur, forcément, j’ai un peu l’impression qu’un des gros défauts, c’est un peu politique ce que je vais dire, mais tant pis, j’assume. Un des gros défauts des sociétés d’entraide, c’est que ça crée des passagers clandestins. En gros, tu n’as pas spécialement d’intérêt à travailler si tu sais que tu peux percevoir un revenu sans rien faire. Grosso modo, c’est des incitations classiques. Ici, dans la cave coopérative, c’est un peu l’inverse parce que j’ai un peu l’impression que puisque chacun est propriétaire de l’entreprise, va être rémunéré en fonction des résultats global de l’entreprise. Et comme chacun se croise, je suppose, sur ses vignes et peut dire: Attention, tu n’as pas fait ta taille, tu en es où ? En fait, tout le monde est tenu responsable les uns des autres. Et donc forcément, ça marche.
Stéphane Garrirgue, cave de Lugny
C’est vrai, c’est exactement ce que tu dis. Tu as raison, mais il y a aussi le fait, et ça, c’est aussi une des forces de la cave coopérative, c’est que les gens sont acceptés tels qu’ils sont, avec leurs capacités et leurs déficits aussi. Et nous, on souhaite impliquer le plus de monde. Tu l’as dit, Emmanuel, on fait beaucoup d’événements, de festivités, de portes ouvertes. On veut et on essaye de mobiliser le maximum de coopérateurs possible. Cependant, on respecte aussi le fait que certains coopérateurs ne souhaitent pas s’impliquer. C’est un choix. Nous, la coopérative, c’est un choix. Vous voulez vous impliquer et c’est tant mieux. Et nous, on le souhaite et on l’encourage. Cependant, si vous voulez rester dans votre coin, travailler votre vigne, ne voir personne, parce qu’il y a des gens qui ne sont pas aussi social que nous, qui n’ont pas envie d’aller au magasin vendre les produits, qui n’ont pas envie d’aller au bar servir des verres. Ils ont envie de rester tranquillement dans leur coin. La cave de Lugny l’accepte d’une part et l’encourage d’autre part. Faites ce en quoi vous vous exprimez le mieux. Je pense que ça aussi, c’est un confort.
Stéphane Garrirgue, cave de Lugny
C’est un confort pour nos coopérateurs de dire: Moi, je ne suis pas non plus obligé d’aller vendre le vin. Moi, je n’ai pas un tempérament commercial, je n’ai pas un tempérament de communicant. Moi, je veux travailler ma vigne, être tranquille.
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La cave de Lugny : moteur de la vie régionale
Antoine
Justement, tu me lances une perche sur ces sujets-là. Tu l’as un petit peu mentionné, vous avez une variété d’événements qui sont organisés. C’est aussi un peu ce qu’Emmanuel, tu disais sur le fait que la cave fait du social, ça veut dire la cave s’implique dans la société autour de nous. Est-ce que tu peux nous parler un petit peu de justement ce qui se passe ici ? On a vu tout à l’heure quelques panneaux d’explication, des circuits de randonnée, des circuits oenotouristiques. Est-ce que tu peux revenir un peu sur ces sujets-là et donner envie aux personnes qui nous écoutent de venir à quel moment et pour quel type d’événement.
Emmanuel Nonin - Cave de Lugny
Il y a deux types d’événements. Il y a les événements qui sont internes à la vie de la cave coopérative, comme évoquées les portes ouvertes, les festivals que l’on peut nous-mêmes organiser. Et puis, il y a les événements extérieurs, externes à la structure, mais dans laquelle la cave est investie. Ces événements externes à la cave, ils peuvent être culturels, musicaux, ils peuvent être sportifs. Ce soir, on a une soirée de récompenses pour une célèbre randonnée Bourguignonne qui est la Tournuscimes, qui mobilise tous les ans plus de 3 000 à 4 000 randonneurs. Et ce soir, en tant que partenaire, on sera à la soirée de remise de prix au 100 000ᵉ marcheur, ce qui n’est quand même pas rien. Les événements sportifs pour laquelle la cave est partenaire, c’est le terme du contrat, c’est confidentiel, mais on s’investit dans ce que chacun peut y trouver et dont les structures et les associations pourraient avoir besoin. Donc, on se porte présent. Ça peut être de la logistique aussi.
Emmanuel Nonin - Cave de Lugny
Donc, événement sportif, événement lié à des salles de concert, associations culturel. Ça, c’est le cas, notamment sur Mâcon. On a tout ce qui est la vie associative locale. Par exemple, les associations du Mâconais, bien souvent, se tourne vers les caves coopératives, la cave de Lugny, vers certains domaines. La cave de Lugny, il faut dire qu’elle répond assez souvent présent, jusqu’à maintenant, pour aider ces associations à vivre. Par ailleurs, il y a les événements internes.
Stéphane Garrirgue, cave de Lugny
Ceux-là, ils sont très importants, Emmanuel, parce que c’est vrai qu’on essaye de multiplier le nombre d’événements. Bien évidemment, on a un rôle social déjà dans la région et sur les 20 kilomètres carrés dont tu parlais tout à l’heure. Donc, on essaye de s’impliquer. On est ici dans un milieu rural, il n’y a pas beaucoup d’activités, il n’y a pas beaucoup d’économie, il n’y a pas beaucoup d’industrie. On est quand même une entreprise moteur dans ces 25 kilomètres carrés, dans cette petite surface. Donc on essaye de participer et d’encourager toutes les activités et les d’animations culturelles qui sont extérieures à la cave, en effet. Cependant, on a aussi nos activités. Parmi ces activités-là, il y en a qui sont récurrentes. Tous les jeudis, on ouvre notre caveau et on accueille des clients pour justement des dégustations, des accords mets-vin, des accords avec du fromage, des dégustations de produits divers et variés. Ça, c’est tous les jeudis, une fois par mois. Et une fois par an, on a un festival aussi de musique.
Stéphane Garrirgue, cave de Lugny
Il y a un groupe Biodiversité qui a envie de multiplier la biodiversité au sein de nos 1 200 hectares. Il y a un groupe jeune qui essaye de dynamiser tous les jeunes de la cave coopérative. Et eux ont eu l’initiative de mettre en place un festival qui s’appelle le Festival de la Tête dans le Cep, qui a lieu le 1ᵉʳ samedi de juillet. Et là, on arrive à regrouper jusqu’à 1 000 personnes sur le parking de notre magasin. Ça, c’est conçu, imaginé, animé par les vignerons de la cave, piloté par les jeunes et soutenu par les anciens. Moi, je trouve ça merveilleux. Il y a les jeunes qui ont une idée, ils se réunissent à 10, la cave les aide, il les encouragent et on a des salariés et des outils pour les accompagner. Et puis, quand il faut donner la main, comme Emmanuel dit, les anciens, ils sont là. Ils s’en fichent du festival, ils s’en fichent de la musique, mais ils adorent la convivialité, le partage du moment, se retrouver ensemble et ils viennent porter les barrières à 5h00 du matin, monter la scène la veille.
Stéphane Garrirgue, cave de Lugny
Je trouve que ça, ça fait partie de la cave de Lugny. Ça permet deux choses: de la cohésion entre les salariés et même les coopérateurs, et puis la communication de notre marque, de notre savoir-faire, parce que c’est aussi l’occasion de déguster la qualité de nos vins de la cave de Lugny. On n’en a pas assez parlé, Antoine.
Antoine
C’est vrai qu’on n’en a pas assez parlé. On a parlé beaucoup de l’histoire. Juste pour finir sur cette partie événementielle, ce sera bientôt les 100 ans de la cave de Lugny, il me semble.
Stéphane Garrirgue, cave de Lugny
Exact, oui, tout à fait. En effet, 1926 plus 100, ça fait 2026. Donc l’année prochaine, c’est le centenaire de la création de la cave de Lugny. Il va falloir qu’on soit au rendez-vous. On disait qu’on était la première cave coopérative de Bourgogne. Il faut qu’on soit au niveau de notre statut, en toute humilité, mais il va falloir qu’on fasse quelques célébrations. On espère que l’année 2026, tout au long de l’année, on va essayer de créer des événements avec des temps forts. On en aura trois. Je dévoile pas trop parce qu’on a quand même quelques surprises à réserver à nos visiteurs en 2026. Mais l’idée, c’est que tout au long de l’année 2026, on célèbre cette merveilleuse histoire qui est l’histoire de la cave de Lugny.
Antoine
Si au moment où vous écoutez ce podcast, vous êtes en train de planifier vos vacances de 2026, vos week-ends de 2026. Faites un petit tour sur le site de la cave de Lugny où mettez-vous un rappel pour y aller parce que ça va être C’est tout à fait symbolique.
Emmanuel Nonin - Cave de Lugny
Les caves coopératives ont été créées pour répondre à un problème. Ce problème, c’est le problème de la mévente. Dans les années 20, c’est la crise, c’est la mévente du vin. Et si il s’achète, il s’achète à un prix dérisoire. C’est pour ça que c’est la polyculture qui fait vivre les exploitations. Et la cave coopérative, elle a été créée pour répondre à un problème et on s’aperçoit que 100 ans après, en fait, ce n’est pas tellement que le problème, est-ce qu’il est là, est-ce qu’il n’est plus là ? En tout cas, cette idée de: Il faut être ensemble pour être plus fort, elle a fait long feu. Et ça, c’est tout à fait intéressant. Symboliquement, c’est fort quand même de pouvoir célébrer ces 100 ans d’un outil de travail dont la vocation à durer était peut-être inscrite dans sa naissance, à savoir répondre à un problème qui n’était peut-être que conjoncturel.
Emmanuel Nonin - Cave de Lugny
Et puis, finalement, le problème s’est transformé et la cave est devenue un outil à part entière qui, non seulement est apporteur de solutions, mais qui est un outil pour conquérir, si j’ose dire, des marchés et les entretenir, les développer.
Les vins de la cave de Lugny
Antoine
Venons en au vin, justement. Moi, j’ai eu la chance de déguster Engrenage ce midi. Je n’ai pas encore dégusté la suite. On s’était vu à Wine Paris il y a un an, j’avais eu la chance de voir quelques bouteilles, mais je n’ai pas encore dégusté puisqu’on a priorisé ce podcast et on s’est dit: Le plus important, c’est qu’on enregistre le podcast. Si je ne déguste pas tout aujourd’hui, ce n’est pas un drame, on aura l’occasion de se revoir. Cela dit, pour les personnes qui nous écoutent, 1 200 hectares ici, la majorité en Chardonnay, on l’a dit, avec quand même une grande variation dans les types de vins que vous faites.
Stéphane Garrirgue, cave de Lugny
Une grande variation, si ce n’est qu’on est 100% appellation. La cave de Lugny ne produit que de l’appellation. Beaucoup de blanc, évidemment, avec deux tendances, des vins tranquilles, mais aussi des vins effervescents. Les crémants sont aussi très importants. Depuis 1975, les crémants sont présents à la cave de Lugny, date de la création des crémants de Bourgogne. On a été les premiers à créer du crémant de Bourgogne et on continue à le faire. Les crémants sont quand même très importants chez nous. C’est une belle part de notre production. C’est quasiment 15 000 hectares sur les 85 000 de production. C’est significatif. On en commercialise un bon nombre, 1,2 million quand même, sous notre marque qui s’appelle Saint-Charny. On retrouve du Saint-Charny dans les cafés, hôtels, restaurants. C’est une marque qui est dédiée à la restauration à travers le monde. Ça, c’est un vrai succès historique de la cave de Lugny. Les crémants de Bourgogne qui ont d’ailleurs le vent en poupe et dont la demande ne cesse de croître et à laquelle nous ne pouvons plus répondre. Donc, c’est aussi très positif.
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J’ai dégusté les Crémants de la cave de Lugny et je vous en parle dans cet article. Ce sera l’occasion de vous faire un avis sur ces derniers et de vous inviter à les découvrir.
Stéphane Garrirgue, cave de Lugny
Je vois ça en France et à l’étranger. Oui, on a des demandes, en tout cas, qui proviennent de partout. J’étais avec un importateur asiatique, pas plus tard qu’il y a deux jours, qui m’a contacté spécifiquement pour les crémants de Bourgogne. Donc j’étais ravi. Malheureusement, je ne peux pas lui répondre positivement parce que notre production est vendue et prévendue, donc malheureusement, je ne peux pas répondre, mais le fait est que la demande existe et en France, mais dans le monde aussi, je pense que la cause est la même. La qualité de ce vin-là, je pense que les consommateurs l’ont enfin découvert. Merci le champagne, parce que le champagne a souhaité augmenter considérablement leur prix. Peut-être certains s’en sont détournés et ont allé chercher des substituts. Le substitut qu’ils ont trouvé, c’est le crémant de Bourgogne. Quand ils l’ont dégusté, ils se sont dit: En fait, c’est d’un excellent niveau. Un excellent niveau, le cahier des charges l’impose aussi. On est en vendange de la même manière que les Champagnes. On est dans un élevage minimum de 12 mois, donc c’est quand même important. C’est des investissements importants pour la cave, mais ça montre la qualité du produit.
Stéphane Garrirgue, cave de Lugny
Les crémants de Bourgogne correspondent clairement aux besoins d’effervescents. Les effervescents ont quand même le vent en poupe. Et puis les champagne qui commencent à se désolidariser d’un accès consommateur général. On bénéficie de ça et c’est tant mieux. Les crémants, c’est une chose, mais on a aussi tous les vins tranquilles. Les vins tranquilles, bien évidemment, beaucoup de chardonnay sur des appellations phares. On fait bien évidemment du Bourgogne-Blanc et du Mâcon-Village. C’est le gros de nos appellations. Et puis, on va rentrer dans des appellations un peu plus confidentielles et très qualitatives que Mâcon-Lugny, Mâcon-Péronne et puis Mâcon-Chardonnay. On parlait du village de Chardonnay, mais tout autour de Chardonnay, il y a une appellation qui s’appelle Mâcon-Chardonnay et on est un gros producteur de Mâcon-Chardonnay. Donc tout ça, c’est des appellations très qualitatives, beaucoup en blanc. On ne fait pas que ça, on a du Bourgogne rouge et on a des Mâcons Rouges aussi, en gamme, spécifiquement.
Stéphane Garrirgue, cave de Lugny
C’est des choix de vin plutôt tendus, plutôt sur assez vifs. Ou alors, quand on va de l’autre côté de la colline, ça va être des vins dans la rondeur, un peu plus gras, un peu plus opulents, avec une belle amplitude. C’est ça la diversité des vins de la cave de Lugny, avec la capacité de les travailler, qui sont permises par cette mutualisation des moyens qui est à l’origine de notre cave coopérative.
Les terroirs de la Cave de Lugny
Antoine
Justement, est-ce qu’on peut rentrer un petit peu dans le détail des lieu-dits que vous avez ?
Stéphane Garrirgue, cave de Lugny
Mâcon, nom de village. Mâcon, nom de village. Il y en a presque 27 dans le Mâconnais. Nous, on en commercialise un bon nombre. Les principaux étant Mâcon-Luny, Mâcon-Chardonnay, Mâcon-Péronne. On a la possibilité d’avoir toutes ces appellations. Quand on va rentrer encore dans le détail de ces appellations, certaines sont plus ou moins grandes, mais on va encore rentrer dans un entonnoir encore plus petit qui correspond à des terroirs spécifiques. Là, c’est des lieux dits qu’on arrive à identifier avec des parcellaires bien clairs sur nos cartographies. Et là, on crée des vins grâce à ce parcellaire qui correspondent à une typicité de terroir particulière. Et tu l’as dit, il y en a certains qui sont bien connus. Celui qui a fait la notoriété de la cave dans les années 70, qui a été une des premières marques, si on peut appeler ça, un vin de marque avant toutes les autres marques, c’est le Mâcon Lugny Les Charmes. Les Charmes, ça a fait la notoriété de la cave de Lugny. Un peu par hasard, je pense que le hasard a bien fait les choses.
Stéphane Garrirgue, cave de Lugny
On avait, comme toi ce matin, des visiteurs, des importateurs américains qui arrivent dans le Mâconnais, qui sont perdus dans le brouillard Bourguignon, parce que quelques heures avant que tu arrives, c’était le brouillard complet. Je pense qu’ils pensaient peut-être être en cote d’or. Ils ont atterri dans le Mâconnais, dans le brouillard. Ils ont dit: On peut déguster les vins du coin. Ils ont dégusté avec le président de l’époque. Ils ont adoré, ils ont dit: Ça, ça correspond complètement à ce qu’on veut faire. C’était le terroir des Charmes. Pourquoi vous ne marquez pas les charmes sur l’étiquette et nous, on vous le vend aux États-Unis ? Voilà, c’est fait. Et depuis, on a vu, les charmes, ce n’est pas un petit plateau. Il y a quand même presque 70, 80 hectares. Oui, 100 hectares. Presque 100 hectares sur ce lieu-dit là, 100% de ce lieu-dit est vendu et prévendu aux États-Unis. Pas qu’aux États-Unis, États-Unis, Angleterre, France, les trois pays qui consomment le Mâcon, Lugny, les Charmes, et on n’en a pas pour les autres pays.
Stéphane Garrirgue, cave de Lugny
C’est quand même aussi un beau succès. Je pense qu’on parlait d’innovation à la cave de Lugny, la cave de Lugny a été précurseur dans la construction de marques à l’étranger. Un peu par hasard, avec ces importateurs américains qui se sont un peu perdus, mais finalement, à la fin, les Charmes, c’est un gros succès anglo-saxon et français dans les hôtels-restaurants.
Antoine
Comment est-ce que tu décrirais, toi, justement, les vins de la cave de Lugny ?
Stéphane Garrirgue, cave de Lugny
La diversité des terroirs fait qu’il y a une grande diversité gustative à la cave de Lugny. On parlait des Charmes et là, on va retrouver cette amplitude, ce gras, cette rondeur. Et on va traverser, on va aller sur une autre appellation qui s’appelle Saint-Pierre. Là-dessus, on va avoir un terroir différents. Emmanuel nous en parlera. Et là-dessus, on va avoir de la vivacité, de la tension. Donc, des profils complètement différents à un kilomètre et demi d’écart. Et donc c’est ça la diversité des produits de la cave de Lugny.
Les engagements de la Cave de Lugny
Antoine
Est-ce qu’il y a des sujets qu’on n’a pas évoqués et que vous vouliez absolument évoquer sur la cave de Lugny ? Est-ce qu’on a raté quelque chose ?
Stéphane Garrirgue, cave de Lugny
On a raté beaucoup de choses. C’est pour ça qu’il faudrait que tu reviennes.
Emmanuel Nonin - Cave de Lugny
Je dirais que la cave coopérative, son environnement, font parti d’un produit touristique. On me disait que la question tout à l’heure, c’était: Pour toi, qu’est-ce que c’est que la cave ? L’évolution, moi, que j’ai pu voir à du haut de mes 40 ans, c’est qu’en une vingtaine d’années, on est parti d’un outil de production pure à un outil qui est résolument ouvert sur le monde et ouvert de façon réceptive. Quand je dis réceptive, c’est-à-dire que les gens viennent à nous pour découvrir ce qu’ils ont pu voir ou entendre grâce à des podcasts On a pu voir par des photographies, parce que maintenant, on est dans la civilisation de l’image. Et la cave de Lugny, désormais, elle est ouverte sur le vignoble pour ses visiteurs, pour lui faire découvrir son environnement, sa façon de travailler. On voit que la cave, désormais, c’est aussi à part entière un outil une porte d’entrée de découverte d’un métier, de produits, puis d’un environnement. C’est ce qu’on cherche à faire, les circuits de randonnée.
Emmanuel Nonin - Cave de Lugny
Ce que je veux dire par là, c’est qu’il y a beaucoup de débats sur le vin sans alcool, la nouvelle façon de consommer. Je trouve que la cave, elle peut proposer, même si on n’est pas amateur de vin, elle peut proposer d’autres produits. Parce que parler de la cave coopérative, c’est parler d’économie, de la mondialisation ou du local. Du très local, le global, des thématiques intéressantes. C’est parler de la biodiversité, des enjeux, parce que dès qu’on agit sur le monde qu’on cultive, nous autres vignerons, on a un impact. Alors, on ne va pas culpabiliser, mais ce n’est pas toujours facile de mener à bien une production sans être trop impactant. Il y a un vrai problème philosophique là-dedans. Et puis, faire découvrir les choses un peu autrement. Je vous dis, une cave, un outil de production qui est une porte de l’entrée vers d’autres thèmes.
Emmanuel Nonin - Cave de Lugny
Le vin, ça ne correspond peut-être pas à toutes les clientèles, mais cependant, on peut venir à la cave pour d’autres choses.
Stéphane Garrirgue, cave de Lugny
Je te rejoins parfaitement. Le travail de la cave aussi, c’est d’écouter la société, le monde extérieur, nous qui voyageons avec nos commerciaux à l’étranger, pour pouvoir revenir auprès des coopérateurs, leur dire: Voilà ce qui se passe et voilà comment on doit s’adapter. Et qu’est-ce que vous en pensez ? Est-ce que vous êtes partie prenante de ce projet-là ? Et des projets comme ça, on en a mené bon nombre à la cave. La cave a été aussi en 2014, je crois, déjà engagée dans la RSE. On parle maintenant de la RSE, et puis après tout, comment on dit la RSE, mais depuis 1926, la cave coopérative, c’est de la RSE, c’est du sociétal. Donc déjà, précurseur là-dessus. D’ores un engagement auprès de vignerons engagés. Ça, c’est important aussi parce qu’on voit maintenant que les consommateurs, ils sont en attente de produits équitables, de produits où le social, où les salariés sont bien traités, où les conditions de travail sont respectées, où l’environnement est considéré. Je pense que là, la Cave de Lugny a toujours eu ce fil rouge, grâce à l’association Vignerons Engagés aussi, qui est pour nous importante, ce fil rouge de fonctionnement, tant à l’amont au niveau des vignes qu’au niveau de nos salariés.
Stéphane Garrirgue, cave de Lugny
Ça, c’est des engagements. L’engagement sur le bio aussi arrive il y a une dizaine d’années à la cave de Lugny. Alors, ce n’est pas une spécificité la cave de Lugny, mais c’est le souhait aussi de certains vignerons qui ont levé les bras lors de réunions en disant: Nous, on a aussi cette conscience environnementale, on a envie d’être attentifs à la façon dont on traite et on travaille nos sols, on a envie de faire du bio. Donc, on a créé, et c’est ça aussi notre devoir de proposer des solutions à ces vignerons pour se regrouper. On a créé une société qui s’appelle la Croix-Salin. Le domaine de La Croix-Salin a été créé à l’initiative de cette dizaine de vignerons et ils ont mis en commun leur travail pour créer deux cuvées, le domaine de La Croix-Salin en Macon village et aussi, plus récemment, dans la marque Saint-Charny, qui est notre marque de Crémant de Bourgogne. On répond à ses attentes, à ses besoins. En fait, la cave, c’est une vieille dame, mais très moderne, finalement.
Conclusion
Antoine
C’est une belle conclusion. Je pense que vous l’aurez compris, si vous ne savez pas où venir, venez faire un tour à la cave de Lugny. Je pense que c’est un beau message à faire passer, justement, pour découvrir ce qui se passe ici. Ça aide beaucoup de voir les vignes, de voir ce qui se passe. Moi, c’est toujours quelque chose qui m’est cher. Je pense que si vous écoutez ce podcast, vous serez très content de venir. Depuis Paris, c’est super facile. Depuis Lyon, je pense, on ne peut plus facile. Depuis d’autres endroits en France, ce sera un peu plus dur, mais vous ferez une halte quelque part. Il me reste trois questions qui sont assez traditionnelles dans ce podcast. La première, c’est: est-ce que vous avez une dégustation coup de cœur récente ?
Stéphane Garrirgue, cave de Lugny
Une dégustation coup de cœur récente ? Moi, je vais vous dire qu’en ce moment, je suis très axé sur un de nos produits qui s’appelle Saint-Pierre. C’est le Mâcon Lugny Saint-Pierre parce que justement, j’aime sa tension, sa vivacité, sa fraîcheur, son aromatique. Et j’avoue que c’est un produit plaisir pour moi en apéritif ou avec tout le monde. Je pense que c’est assez récent chez nous. Ça fait deux ans qu’on a créé ce lieu-dit spécifique, Mâcon Lugny Saint-Pierre. C’est un produit qui me convient et qui fait l’unanimité autour de moi. Donc si j’avais à le conseiller, ça serait celui-là.
Antoine
Entendu. Emmanuel ?
Emmanuel Nonin - Cave de Lugny
Le meilleur souvenir de dégustation, évidemment, il n’est pas lié à une bouteille, mais il est lié à l’environnement dans lequel on le déguste et avec les personnes avec qui on déguste. C’est pour ça que je n’ai pas vraiment de souvenirs très précis, mais dernière sensation intéressante, un crémant de Bourgogne millésimé 2013 de la cave de Lugny, qui était très étonnant de fraîcheur. C’est vrai, il était en magnum, ce qui joue beaucoup sur la conservation du vin. Mais 2013, vous voyez, on peut faire vieillir les vins du Mâconnais, les crémants de Bourgogne, notamment.
Antoine
Est-ce que vous avez un livre sur le vin à me recommander ?
Emmanuel Nonin - Cave de Lugny
Pour ma part, le livre de Pascaline Lepeltier : Mille Vignes.
Antoine
Et enfin, qui est la prochaine personne que je devrais interviewer ?
Stéphane Garrirgue, cave de Lugny
Puisqu’on reste en Bourgogne, je pense que moi, j’étais récemment avec Frédéric Drouhin. On échange assez régulièrement sur les vins, mais aussi sur l’entreprise. Sur les vins de la famille Joseph Drouin, je pense qu’il y a… Je n’ai pas de commentaire à faire puisqu’ils ont déjà été faits depuis des décennies, sur la qualité de ces vins, le Clos des Mouches, bien sûr, mais tout le reste. Moi, j’ai passé une dégustation avec Frédéric, qui était merveilleuse et il m’a fait voyager en Bourgogne de façon magnifique.