Une nouvelle de Chablis qui nous a fait sourire cette semaine. Estelle Roy, l’œnologue en chef de La Chablisienne, vient d’être sacrée White Winemaker of the Year 2026 par l’International Wine Challenge, le grand concours londonien qui déguste chaque année des vins venus du monde entier. Elle figurait parmi trois finalistes internationaux, et c’est elle que le jury a désignée.

Si le nom de la maison vous dit quelque chose, c’est normal. Nous avons passé une après-midi à La Chablisienne pour l’épisode 63 du podcast, avec son directeur général Damien Leclerc, au pied des grands crus, entre le Serein et les coteaux. On y revient plus bas.

Un deuxième titre en trois ans

Ce n’est pas la première fois qu’Estelle Roy monte sur cette scène. Elle avait déjà décroché le même trophée en 2024, ce qui fait deux titres en trois ans, une série remarquable dans une catégorie où elle affronte des vinificateurs de tous les pays producteurs de la planète.

Son parcours à La Chablisienne explique beaucoup de choses. Arrivée en 2019, elle a travaillé aux côtés de Vincent Bartement, l’œnologue historique de la maison, avant de lui succéder en 2023. Bartement avait lui-même remporté ce titre IWC plusieurs fois pendant ses années à la cave, ce que Damien Leclerc nous avait raconté avec une fierté évidente dans notre interview, en comparant la soirée de remise des prix aux “Césars du vin”. Le trophée est donc allé à deux œnologues successifs de la même maison. Ce n’est pas un hasard, et cela dit quelque chose de la façon dont l’endroit fonctionne.

Le Blanchot 2023 repart aussi avec un Trophy

La récompense individuelle n’était pas la seule bonne nouvelle du concours pour la maison. Son Chablis Grand Cru Blanchot 2023 a remporté à la fois la médaille d’or et un Trophy, la distinction que l’IWC réserve au meilleur vin de sa catégorie.

Blanchot est l’un des sept climats grands crus de Chablis, tous réunis sur un même coteau au-dessus du village. Qu’une cave coopérative place un grand cru tout en haut d’une dégustation internationale à l’aveugle, devant des domaines célèbres, c’est exactement le genre de résultat qui corrige tranquillement le vieux cliché selon lequel les coopératives ne font que des vins simples.

Pourquoi une coopérative gagne aussi souvent

La Chablisienne a été créée en 1923 et rassemble aujourd’hui près de 250 vignerons, soit une part importante du vignoble chablisien. La gamme va du Petit Chablis jusqu’aux grands crus, ce qui veut dire que l’équipe technique travaille chaque millésime avec une palette énorme de parcelles, de sols et d’expositions.

Lors de notre visite, Damien Leclerc était très clair sur l’obsession de la maison : la précision, et cette fameuse tension minérale qui fait que Chablis ne ressemble à nulle part ailleurs. Il nous avait aussi glissé une idée qu’on n’a jamais oubliée : le vrai exploit technique, ce ne sont pas les trente mille bouteilles de grand cru, c’est de tenir le même niveau d’exigence sur deux millions de bouteilles de Petit Chablis. Un titre comme celui d’Estelle Roy récompense son talent et sa vision de la vinification, mais à travers elle, il récompense aussi les vignerons, les équipes de cave et un modèle collectif construit sur un siècle.

Et pour nous, les buveurs, la conclusion pratique est simple : Chablis reste l’un des meilleurs endroits du monde du vin pour ce que Leclerc appelle le luxe accessible. Un très bon Petit Chablis se trouve autour de dix euros, et même les grands crus restent abordables pour une belle soirée. Quand la personne qui signe ces vins vient d’être désignée meilleure vinificatrice de blancs au monde pour la deuxième fois, c’est une très bonne affaire.

On a visité La Chablisienne dans le podcast

Si cette nouvelle vous donne envie d’en savoir plus sur la maison, nous y avons enregistré un épisode entier. Damien Leclerc nous y raconte l’histoire folle de la cave, fondée en 1923 et portée par des femmes ses premières années, la crise de 2008, le changement climatique dans le vignoble, et comment explorer les quatre niveaux d’appellations de Chablis sans se perdre. C’est l’un de nos épisodes bourguignons préférés.

À lire ou à écouter ici : #63 - Damien Leclerc - La Chablisienne.

Écoutez le podcast avec Damien Leclerc

Bravo à Estelle Roy et à toute l’équipe de La Chablisienne. Deux fois en trois ans, ce n’est pas de la chance, c’est un style de maison. On ouvre un Chablis ce week-end pour fêter ça, et on vous conseille d’en faire autant.