Curieux de découvrir comment une grande maison bordelaise de renommée mondiale façonne l’avenir du vin chinois ? Dans cet épisode, nous plongeons dans le parcours de Charles Treutanaere, figure clé du Domaine de Long Dai, le domaine ambitieux de DBR Lafite situé dans le Shandong, en Chine.
Ensemble, nous explorons la manière dont il construit des ponts entre les cultures, développe un domaine viticole à partir de zéro et adapte le savoir-faire français à un terroir chinois unique. Nous abordons les défis liés à la reconnaissance des grands vins chinois, l’évolution du marché local, ainsi que l’équilibre subtil entre tradition et innovation.
Des pratiques viticoles à l’éducation des consommateurs, cette conversation révèle ce qu’il faut réellement pour élaborer des vins de classe mondiale dans une région émergente. Et pourquoi l’histoire de Long Dai ne fait que commencer.
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Un résumé de l’entretien avec Charles Treutanaere
Une carrière ancrée en Chine
Charles Treutanaere retrace un parcours long et atypique, entamé en Chine en 1998, lorsqu’il arrive pour la première fois à Pékin afin d’y étudier la langue et la culture. Sans projet initial de se tourner vers le vin, cette immersion précoce lui permet d’acquérir une compréhension approfondie de la société chinoise. À cette époque, le pays était encore en plein développement et relativement méconnu de nombreux européens.
Après un bref retour en France, il décide de repartir en Chine en 2005 et rejoint l’importateur de vins Summergate. Il y acquiert une expérience directe d’un marché en pleine expansion, porté par une croissance économique rapide et par la demande des hôtels et restaurants internationaux. Au fil du temps, il évolue de la distribution vers le développement de marques. Finalement, il rejoint DBR Lafite pour prendre la direction du projet Long Dai.
La naissance du Domaine de Long Dai
Le domaine de Long Dai, situé dans la province du Shandong, est né d’une vision audacieuse lancée en 2008 par la famille Rothschild. À une époque où la Chine jouissait encore de peu de reconnaissance pour ses grands vins, l’ambition était de créer un vin de classe mondiale ancré dans un terroir local, plutôt que de reproduire un modèle bordelais.
Charles rejoint le projet en 2018, avec pour défi de finaliser un développement complexe engagé depuis une décennie. Sa priorité est alors de préparer l’ouverture officielle du domaine en 2019. Il coordonne les travaux de construction, les autorisations réglementaires et la constitution des équipes.
Au-delà du lancement d’un domaine viticole, la mission consiste à créer un pont entre le savoir-faire viticole français et la culture chinoise. Un élément que Charles considère comme fondamental dans l’identité du projet.
Respecter la culture et le terroir
L’humilité est un principe central dans la vision de Charles. Plutôt que d’imposer des méthodes bordelaises, Long Dai a été conçu pour intégrer les traditions et les savoirs locaux. L’architecture elle-même reflète cette philosophie, en s’appuyant sur des techniques de construction chinoises traditionnelles plutôt que de reproduire un château français.
Dans les vignes, l’approche est tout aussi rigoureuse. Le domaine se situe dans la vallée de Qiu Shan, à proximité de la côte. Il bénéficie ainsi d’un climat tempéré comparable à certaines régions européennes. Les terres, autrefois dédiées aux vergers, se composent de centaines de terrasses. Chacune d’entre elles est travaillée individuellement afin d’optimiser la qualité et d’exprimer toute la complexité du terroir.
Pour Charles, l’objectif n’est pas la puissance, mais l’équilibre et l’élégance : des principes fondamentaux hérités de la philosophie Lafite.
Construire un écosystème local
Un autre aspect clé du projet réside dans la collaboration étroite avec les communautés locales. En raison des spécificités du droit foncier en Chine, Long Dai travaille avec des agriculteurs locaux. Il leur offre un emploi stable ainsi qu’une formation en viticulture.
Cette approche garantit à la fois une régularité dans le travail de la vigne et un véritable échange : les agriculteurs apportent leur connaissance approfondie de l’agriculture locale, tandis que le domaine leur transmet son expertise et des perspectives à long terme. Charles considère ce modèle comme « gagnant-gagnant », renforçant à la fois la qualité et l’ancrage local.
L’évolution du marché du vin chinois
Fort de son expérience depuis le début des années 2000, Charles souligne à quel point le marché du vin en Chine a évolué. Il était initialement dominé par les vins importés et de grands distributeurs. Aujourd’hui, le marché est devenu plus fragmenté et concurrentiel, avec des circuits de distribution plus courts. Il bénéficie également d’un accès direct aux consommateurs via les plateformes numériques.
Les préférences des consommateurs ont également mûri. Si le vin rouge dominait autrefois presque exclusivement, les amateurs chinois explorent désormais une plus grande diversité de styles. Toutefois, le vin ne fait pas encore pleinement partie de la culture chinoise, contrairement au thé ou au baijiu. C’est pourquoi l’éducation des consommateurs est essentielle.
Le défi de la reconnaissance des vins chinois
L’un des plus grands défis aujourd’hui consiste à convaincre les consommateurs chinois de la valeur de leurs propres vins. Selon Charles, cela nécessite du temps, un travail de narration et un effort constant de pédagogie.
Fait intéressant, il observe que les consommateurs étrangers en Chine sont souvent les premiers à adopter des vins chinois comme Long Dai. Ils sont en effet guidés par la curiosité et le désir de découvrir des produits locaux. Cela suggère que la reconnaissance internationale pourrait accélérer leur acceptation sur le marché domestique.
Perspectives d’avenir
Charles est convaincu que les vins chinois gagneront progressivement en visibilité à l’échelle mondiale, à l’image d’autres industries chinoises. Toutefois, leur succès dépendra d’efforts continus pour bâtir leur crédibilité, éduquer les consommateurs et mettre en avant la singularité des terroirs chinois.
Pour lui, Long Dai représente bien plus qu’un domaine viticole. C’est un point de rencontre entre des siècles de tradition viticole française et le potentiel encore largement inexploité de la Chine.
Les recommandations de Charles Treutanaere
Un livre : Château Lafite: the Almanac 1868, par Saskia de Rothschild
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