Voici le tableau des accords mets et vins à imprimer : dix-neuf familles de plats, le style de vin qui leur correspond, et deux appellations à demander au caviste. La logique tient en une phrase. Accorde le vin au poids du plat et à sa sauce, jamais à la couleur de la viande.

Le tableau est juste en dessous, prêt à sortir sur une page. Le reste de l’article explique comment s’en servir, et surtout comment finir par s’en passer, parce qu’un tableau ne remplacera jamais deux ou trois réflexes.

À quoi sert vraiment un tableau des accords mets et vins ?

Un tableau ne sert pas à avoir raison. Il sert à ne pas partir de zéro à 19 heures devant un rayon de deux cents bouteilles, avec un plat déjà en tête et personne pour te conseiller.

C’est un point de départ, et il faut le prendre comme tel. Les accords ne sont pas des lois : ce sont des régularités observées, sur des milliers de repas, entre des textures, des acidités et des niveaux de sucre. Elles marchent la plupart du temps. Elles se trompent aussi, parce que ton plat a une sauce que le tableau ignore, parce que le millésime était solaire, ou simplement parce que tu n’aimes pas ce que tout le monde adore.

L’autre limite d’un tableau, c’est qu’il range par aliment alors que le palais, lui, réagit à des sensations : gras, sel, sucre, acidité, piment, amertume. C’est pour ça que la deuxième moitié de cette page vaut mieux que la première. Le tableau te donne une réponse, la méthode t’en donne mille.

Quel vin avec quel plat ? Le tableau complet

Chaque ligne va du plat le plus léger au plus puissant. Les prix sont des fourchettes de caviste, en France, pour des bouteilles qui se trouvent vraiment.

Famille de platStyle de vinDeux appellations à chercherPrix indicatif
Apéritif salé, feuilletés, chipsBulles brut, sèches et nerveusesCrémant de Loire, Champagne brut10 à 35 €
Huîtres et coquillages crusBlanc sec très vif, sans boisMuscadet Sèvre-et-Maine, Chablis8 à 18 €
Poissons blancs grillés ou vapeurBlanc sec léger et citronnéPicpoul de Pinet, Mâcon-Villages7 à 14 €
Poissons en sauce crème ou beurreBlanc ample, boisé discretMeursault, Saint-Aubin25 à 60 €
Homard, saint-jacques, langoustinesBlanc riche et salinChablis 1er cru, Condrieu20 à 45 €
Sushis, poissons crus, cevicheBlanc sec et salin, ou bullesRiesling d’Alsace sec, Champagne extra-brut12 à 35 €
Saumon grillé ou fuméBlanc rond ou rouge très légerAlsace pinot gris, Bourgogne rouge14 à 25 €
Charcuterie et planchesRouge léger servi frais, ou blanc vifBeaujolais-Villages, Apremont (Savoie)7 à 14 €
Volaille rôtieBlanc ample ou rouge soupleSaint-Véran, Chinon10 à 20 €
Porc et veau en sauceRouge peu tannique et fruitéSaumur-Champigny, Côtes du Rhône8 à 16 €
Boeuf grillé, côte de boeufRouge structuré et tanniqueHaut-Médoc, Cahors12 à 30 €
AgneauRouge de cabernet ou de syrahPauillac, Crozes-Hermitage15 à 60 €
Gibier et plats mijotés longsRouge puissant, un peu évoluéChâteauneuf-du-Pape, Madiran18 à 45 €
Plats épicés, curry, thaïBlanc demi-sec et aromatiqueVouvray demi-sec, Gewurztraminer10 à 20 €
Pizza et pâtes à la tomateRouge vif, peu boisé, acidité hauteChianti Classico, Barbera d’Asti9 à 18 €
Fromages de chèvre fraisBlanc sec de sauvignonSancerre, Pouilly-Fumé14 à 24 €
Fromages à pâte pressée, comtéBlanc du Jura ou rouge légerCôtes du Jura chardonnay, Bourgogne rouge14 à 28 €
Fromages bleusLiquoreux ou vin doux naturelSauternes, Maury15 à 40 €
Desserts au chocolatVin doux naturel rougeBanyuls, Rasteau12 à 25 €

Pour les desserts aux fruits, qui ne sont pas dans le tableau parce qu’ils changent trop d’une recette à l’autre, va vers un moscato d’Asti ou un Coteaux du Layon, et garde le principe donné plus bas : le vin doit toujours être plus sucré que l’assiette.

Comment utiliser ce tableau au quotidien ?

Trois questions, dans cet ordre, et tu tombes sur la bonne ligne à tous les coups.

Quel est le poids du plat ? Une sole vapeur et un boeuf bourguignon ne pèsent pas la même chose en bouche. Situe ton plat entre les deux, puis prends un vin de poids comparable. Cette question règle à elle seule la moitié des accords.

Qu’est-ce qu’il y a autour ? La sauce compte souvent plus que l’aliment. Un poulet rôti part vers un blanc tendu ou un rouge léger ; le même poulet à la crème demande un blanc plus gras. Une simple cuisson au barbecue ajoute du fumé et de l’amertume, et déplace le curseur vers un rouge plus mûr.

Qu’est-ce qui domine, le gras, le sel, le sucre ou le piment ? Le gras appelle de l’acidité ou des bulles. Le sel adore les bulles et les blancs salins. Le sucre du plat exige un vin encore plus sucré. Le piment demande un peu de sucre résiduel et surtout peu d’alcool, parce que l’alcool amplifie la brûlure.

Un dernier réflexe, gratuit : la température de service. Un rouge trop chaud paraît lourd et alcooleux, un blanc glacé n’a plus aucun goût. Sers les blancs vers 10 à 12 degrés et la plupart des rouges entre 15 et 17, comme détaillé dans notre article sur la température de service du vin rouge. Beaucoup d’accords ratés ne sont que des vins mal servis.

Quelles règles retenir quand le tableau ne dit rien ?

Ton plat n’est pas dans la liste, et il ne le sera jamais, parce qu’aucune liste ne contient tous les plats du monde. Voilà les cinq principes qui produisent le tableau, et qui te permettent d’en fabriquer les lignes manquantes.

  1. Le poids avant tout. Léger avec léger, riche avec riche. C’est la règle qui sauve le plus de repas.
  2. L’acidité coupe le gras. Fromage fondu, friture, sauce au beurre : un vin vif remet le palais à zéro entre deux bouchées.
  3. Le tanin aime les protéines. Les tanins s’adoucissent sur une viande rouge saignante et durcissent sur le sucre, l’umami et le poisson. C’est mécanique, pas culturel.
  4. Le vin doit être plus sucré que le plat. Un dessert avec un vin sec et le vin paraît acide et creux, chaque fois.
  5. La règle régionale marche souvent. Ce qui pousse ensemble va ensemble : un chianti sur des pâtes à la tomate, une roussette sur un fromage de Savoie. Ce n’est pas de la magie, c’est trois siècles de tests.

Ces cinq lignes valent mieux que n’importe quelle grille, parce qu’elles s’appliquent à un plat inconnu. Le cépage n’arrive qu’après : il précise le style, il ne le décide pas.

Quelle est l’erreur classique avec un tableau d’accords ?

L’erreur, c’est de le lire comme un règlement. Un accord n’est pas juste ou faux, il est réussi ou raté sur ta table, ce soir, avec ta sauce et tes invités. Si le tableau dit blanc et que tout le monde a envie de rouge, ouvre le rouge, prends-le léger et sers-le frais. Personne ne mesure la qualité d’une soirée à sa conformité.

La deuxième erreur est plus discrète : accorder le vin à l’aliment vedette en oubliant tout le reste. Le canard n’est pas un accord, le canard à l’orange en est un. Le chocolat non plus, comme on l’explique dans notre page sur le vin et le chocolat, où le pourcentage de cacao change complètement la réponse.

La troisième, enfin : croire qu’un accord doit être spectaculaire. La plupart du temps, un bon accord ne se remarque pas. Le vin ne gêne pas, le plat paraît un peu meilleur, et personne ne commente. C’est exactement le but.

Comment imprimer ce tableau et le garder sous la main ?

Ctrl+P depuis cette page, ou Commande+P sur Mac, en mode paysage : tout tient sur une feuille. Décoche les en-têtes et pieds de page du navigateur, réduis les marges, et imprime en noir et blanc, le tableau reste parfaitement lisible. Un aimant, la porte du frigo, et il est là au seul moment qui compte, quand tu ouvres le placard en te demandant quoi ouvrir.

Si tu veux creuser une famille de plats en particulier, tous les accords détaillés sont regroupés sur notre page accords mets et vins, du plateau de fruits de mer au repas de Noël.

Et si tu veux le vocabulaire qui explique pourquoi ces accords fonctionnent, la fiche des 70 descripteurs aromatiques, imprimable elle aussi, est proposée en bas de cette page. Le tableau te dit quoi ouvrir ; la fiche te donne les mots pour dire pourquoi ça marche.

Questions fréquentes

Comment imprimer le tableau des accords mets et vins ?

Fais Ctrl+P depuis cette page, ou Commande+P sur Mac : le tableau tient sur une feuille A4 en mode paysage. Décoche les en-têtes et pieds de page du navigateur, et réduis les marges au minimum pour que les dix-neuf lignes restent lisibles. En noir et blanc, ça marche très bien. Ensuite, un aimant sur la porte du frigo, et le tableau est là au moment où il sert vraiment, c'est-à-dire quand tu cuisines.

Quelle est la règle de base d'un accord mets et vins ?

Une seule règle compte vraiment : le vin et le plat doivent avoir le même poids. Un plat léger appelle un vin léger, un plat riche appelle un vin riche. Si l'un des deux écrase l'autre, l'accord rate, quelle que soit la couleur du vin. Tout le reste, l'acidité qui coupe le gras, le sucre qui calme le piment, le tanin qui aime les protéines, ne vient qu'après cette première règle.

Faut-il accorder le vin au plat ou à la sauce ?

À la sauce, presque toujours. Un poulet rôti et un poulet à la crème ne demandent pas le même blanc : c'est la crème qui décide, pas le poulet. Même chose pour un poisson vapeur et un poisson au beurre blanc. Prends l'habitude de regarder d'abord ce qu'il y a autour de l'aliment principal, sauce, cuisson, épices. Le produit donne la direction, la sauce donne le volume.

Le vin rouge avec le fromage, c'est vraiment une erreur ?

Pas une erreur, mais rarement le meilleur choix. Le tanin d'un rouge jeune durcit au contact de l'umami d'un fromage affiné, et le vin paraît alors sec et un peu métallique. Les blancs secs et vifs marchent avec la grande majorité des fromages, et les liquoreux sont imbattables sur les bleus. Si tu tiens au rouge, prends-le léger, fruité et peu tannique, et sers-le frais : un beaujolais ou un pinot noir tiennent sur les pâtes pressées douces, comté ou tomme, beaucoup moins sur le reste du plateau.

Que choisir quand chacun mange un plat différent ?

Prends un vin qui ne se bat avec rien : un blanc sec et salin, un crémant ou un champagne brut, ou un rouge léger servi frais. Ces trois profils ont assez d'acidité pour suivre presque tout et pas assez de caractère pour écraser un plat. C'est d'ailleurs la vraie utilité du tableau : quand il donne trois réponses différentes autour de la table, ouvre la plus neutre et la plus fraîche des trois.