KFC ouvre un bar à vin. Pas une dégustation gadget dans l’arrière-salle d’une agence de com, un vrai bar à vin, à Shoreditch, à Londres, pendant quatre jours du week-end férié d’août. Ça s’appelle Coq au Vin, la place coûte 15 livres pour 90 minutes, et à peu près tous les créneaux étaient complets avant même l’ouverture.

Je n’ai jamais mis les pieds dans un KFC. J’aurais adoré essayer celui-là.

Ce qu’il y a vraiment à la carte

Le partenaire vin, c’est La Vieille Ferme, l’assemblage de la famille Perrin qu’on trouve dans tous les supermarchés du monde pour le prix de deux cafés. Les accords sont exactement aussi directs qu’ils devraient l’être :

  • Rosé pétillant avec le popcorn chicken
  • La Vieille Ferme rouge avec les hot wings
  • Rosé et blanc avec les tenders Original Recipe et les sauces

La Vieille Ferme ressort même son étiquette “The Chicken Wine” pour l’occasion, et c’est là que ça devient plus qu’un coup marketing. La marque n’a pas inventé ce surnom. C’est TikTok, en 2024, parce qu’il y a des poules sur l’étiquette et que les gens se sont mis à la boire avec du poulet frit en se le racontant entre eux. La marque ne lance pas une tendance ici. Elle rejoint enfin celle que ses propres buveurs ont lancée sans demander la permission.

L’accord n’est pas une blague

Voilà ce que le monde du vin oublie parfois, trop occupé à trouver ça amusant. Le poulet frit est l’une des choses les plus difficiles à accorder sur terre, et les assemblages rhodaniens pas chers sont sincèrement l’une des meilleures réponses.

Réfléchissez à ce qui se passe en bouche. Le poulet frit, c’est du sel, du gras et du croustillant, servi chaud, mangé vite, avec les doigts. Ce qu’il vous faut face à ça : de l’acidité pour trancher dans le gras, des tanins faibles ou souples pour que rien ne devienne métallique et asséchant, du fruit pour tenir tête au sel, et une température de service fraîche pour remettre le palais à zéro entre deux bouchées.

Un jeune assemblage grenache-cinsault servi frais fait les quatre. Un grand rouge tannique n’en fait aucun. Servez un cru classé de vingt ans à côté de hot wings et vous gâchez deux choses d’un coup : le vin est écrasé par le sel et le piment, et le poulet transforme les tanins en sachet de thé mouillé. La bouteille à 8 euros n’est pas le compromis, ici. C’est la bonne réponse.

Le rosé pétillant sur le popcorn chicken est le plus malin de la liste. Les bulles agissent comme une brosse sur la friture, exactement pour la même raison que champagne et fish and chips est un classique discret depuis des années.

Pourquoi les 15 livres comptent plus que l’accord

Le prix du billet, c’est ça la vraie histoire. Quinze livres, quatre-vingt-dix minutes, aucune connaissance préalable exigée, personne pour vous demander ce que vous sentez au nez.

Pensez à la façon dont on invite la plupart des gens dans le vin. Une dégustation coûte 45 euros, vous êtes assis en rang, quelqu’un vous parle de fermentation malolactique, et vous passez la soirée à craindre discrètement de dire une bêtise. C’est un examen avec crachoir. Beaucoup ne reviennent jamais.

Et puis il y a ça. Vous venez pour du poulet frit, il y a du vin, le vin fait partie d’un truc sympa au lieu d’être ce sur quoi on vous interroge, et vous repartez en ayant appris quelque chose sans vous en rendre compte. C’est une bien meilleure porte d’entrée dans le vin que la plupart de ce que propose la filière. Une bonne expérience où le vin fait partie d’un truc cool bat un bon cours à chaque fois.

Le complet est la preuve. Personne n’a acheté ces places pour étudier la vallée du Rhône méridionale. Les gens les ont achetées parce que ça avait l’air marrant. Et un bon nombre repartira en ayant découvert que le vin va avec la nourriture qu’ils mangent vraiment, ce qui est la chose la plus utile qu’on puisse apprendre à son sujet.

Quoi en faire chez vous

Pas besoin de billet. C’est l’une des victoires les plus faciles du vin et ça coûte environ huit euros.

La prochaine fois qu’il y a du poulet frit sur la table, seau, coréen à emporter ou fait maison, ouvrez un jeune rhodanien du sud, côtes-du-rhône, ventoux ou luberon, et mettez-le au frigo vingt minutes d’abord. Frais, pas froid. Si vous préférez le blanc ou le rosé, même règle : vif, sans bois, bien rafraîchi.

Ensuite, observez ce qui se passe. Pas ce que vous êtes censé sentir, juste si la bouchée suivante est meilleure grâce à la gorgée. C’est tout le jeu.

On répète depuis 2018 que le vin a sa place à la table où les gens mangent vraiment. C’est assez drôle que ce soit KFC qui y arrive ce mois-ci, et qui affiche complet en le faisant.