Je m’assois avec Xavier Jean, l’homme derrière Couvent des Jacobins, un Grand Cru Classé discret niché au cœur de Saint-Émilion, et son audacieux projet 100 % merlot, Calicem. Dans cet épisode, nous plongeons dans une histoire familiale de plus de deux siècles, d’un ancien couvent en ruine à un domaine de référence.
Xavier se confie sur son enfance à Saint-Émilion, la reprise du domaine et la construction d’une philosophie de vin claire, sans courir après les tendances. Nous parlons terroir, vieilles vignes et des raisons pour lesquelles Calicem devait exister en dehors du classement. Nous explorons aussi l’œnotourisme, les caves souterraines, l’hospitalité et les événements culturels du Couvent. De Bordeaux à Hong Kong et Singapour, nous décortiquons la manière de construire des marchés, de travailler avec les sommeliers et de rester pertinent sans faire de bruit.
Si vous êtes curieux de Bordeaux authentique, de vision à long terme et de vins avec une vraie identité, cette conversation est faite pour vous. Attendez-vous à des réflexions, des histoires et des enseignements concrets pour les amateurs comme pour les professionnels du vin.
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Un résumé de l’entretien avec Xavier Jean
Un domaine familial ancré dans l’histoire
Xavier se présente comme la quatrième génération à la tête du Couvent des Jacobins, un Grand Cru Classé situé au cœur de Saint-Émilion. Le domaine appartient à sa famille depuis plus de deux siècles, avec des racines remontant au début des années 1800 et une acquisition décisive en 1902, lorsque ses ancêtres achètent ce qui n’était alors qu’un couvent presque en ruine au sein du village. Génération après génération, la famille a patiemment reconstruit la propriété, développé le vignoble de zéro à environ 11 hectares et façonné Couvent des Jacobins en un nom discret mais respecté à Saint-Émilion.
Grandir avec le vin
Même si Xavier vit aujourd’hui en Asie, le vin a toujours fait partie de sa vie. Il a grandi à Saint-Émilion, y a été scolarisé, a travaillé dans les vignes, conduit des tracteurs et participé aux vendanges dès son plus jeune âge. Son environnement familial est profondément lié au monde du vin : son père était vigneron, son grand-père maire d’une commune voisine, et plusieurs membres de sa famille possédaient des propriétés dans la région. Cette immersion a rendu son implication ultérieure au Couvent des Jacobins naturelle, presque évidente.
Une implication de plus en plus forte
Si Xavier s’implique de plus en plus dans le domaine à partir de 2012, il insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas d’une reprise brutale, mais d’une montée en responsabilité progressive. En étroite collaboration avec Denis Pomarede, directeur général et maître de chai historique, il commence à participer plus directement aux choix de vinification et à la définition de la philosophie globale du domaine. La confiance et la continuité sont essentielles : une grande partie de l’équipe est en place depuis des décennies, ce qui permet à Xavier de piloter le domaine sereinement malgré la distance.
Calicem : un projet à part
En 2015, Xavier lance Calicem, une cuvée distincte issue d’une parcelle unique de vieilles vignes de merlot plantées au début des années 1960. Les règles du classement de Saint-Émilion empêchant l’intégration de parcelles non classées à un domaine classé, Xavier choisit de préserver l’identité de cette parcelle plutôt que de la diluer. Calicem est un 100 % merlot, plus profond et plus concentré que Couvent des Jacobins, volontairement différent dans son style. Il possède sa propre expression, et ne se veut pas une simple extension du Grand Cru Classé.
Une philosophie de la discrétion
Xavier décrit Couvent des Jacobins comme « discret mais pas statique ». Le domaine n’a jamais cherché le marketing tapageur, les effets de mode en vinification ou l’usage excessif du bois. Il privilégie la constance, l’équilibre et une identité reconnaissable, au-delà des variations de millésimes. Cette approche a parfois limité la visibilité du domaine sur certains marchés, notamment à des périodes où les critiques privilégiaient des vins plus puissants et boisés, mais elle a permis de construire une fidélité durable auprès d’amateurs sensibles à l’authenticité.
Œnotourisme et hospitalité
Ces dernières années, Couvent des Jacobins s’est ouvert plus volontairement aux visiteurs, en faisant de l’œnotourisme une extension naturelle de son histoire. Les caves souterraines du domaine, situées entre 10 et 12 mètres sous le village, offrent un cadre à la fois spectaculaire et intimiste. Visites privées, dégustations, déjeuners, ateliers d’assemblage et événements culturels font désormais partie de l’expérience. En 2024, le domaine a également ouvert une petite boutique à l’entrée, permettant aux visiteurs de découvrir et d’acheter les vins directement à Saint-Émilion.
Vivre en Asie, construire des marchés
Installé à Singapour après plusieurs années passées à Hong Kong, Xavier joue un rôle actif dans le développement des marchés asiatiques pour Couvent des Jacobins et Calicem. Il croit fermement à l’importance du terrain : rencontrer personnellement sommeliers, distributeurs, restaurateurs et clients privés. Avec une production limitée, entre 30 000 et 40 000 bouteilles par an, sa stratégie privilégie les relations de long terme et une croissance progressive plutôt que des ventes ponctuelles spectaculaires.
Regards sur Bordeaux et les marchés mondiaux
Xavier porte un regard lucide sur les cycles de popularité de Bordeaux, notamment en Asie. Il considère des marchés comme Singapour comme résilients et arrivant à maturité, tandis que la Chine, après un essor rapide suivi d’une correction, semble progressivement trouver un équilibre plus durable. Selon lui, l’œnotourisme joue un rôle clé dans cette maturation en créant un lien émotionnel entre les consommateurs et des territoires comme Saint-Émilion.
L’identité avant tout
Pour Xavier, la plus grande difficulté dans le vin n’est pas la précision technique, mais la capacité à définir et maintenir une philosophie claire dans le temps. Que ce soit à Couvent des Jacobins ou avec Calicem, il cherche à produire des vins qui expriment leur terroir et leur millésime tout en restant fidèles à une identité cohérente. Cette vision de long terme, discrètement innovante, profondément enracinée et à taille humaine, définit autant les vins que la manière dont il choisit de les partager avec le monde.
Les recommandations de Xavier
- Wine and War : Les Français, les nazis et la bataille pour le plus grand trésor de la France, de Donald Kladstrup et Petie Kladstrup : un récit historique sur la manière dont les vignerons français et l’ensemble de la filière viticole ont lutté pour protéger les vignobles, les caves et les bouteilles les plus précieuses de la France pendant la Seconde Guerre mondiale, après l’invasion nazie de 1940.
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